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Le Mirebalais Indépendant

Bienvenue à Mirebeau en Poitou.

"Le Passé m’est tellement Présent à l’esprit, qu’ici, il s’offre un Avenir… "
Parole de Farfadet.


Publié le par FARFADET 86
Publié dans : #Romans - Nouvelles - Brèves, #Les mots choisis du Farfadet

Retour ACTE I

 

ACTE II

 

 

Au château du Roi pêcheur.

Perceval est entré par mégarde dans l’immense et splendide domaine de Montsalvat. Dans le parc verdoyant et fleuri, en ce mois de mai, le jeunes valet lance ses javelines contre les cygnes glissant sur l’onde d’un grand lac et en blesse un. Il est surpris par un des serviteurs du château qui le conduit aussitôt par devant le prudhomme Gornemans.

 

 

Scène 1

 

Le page

Seigneur ! Seigneur ! Oh misère !

Voyez celui-là, ce hère…

L’avons surpris tirant ses traits,

Sur l’oiseau blanc aux fins attraits.

Grand sacrilège en ce saint lieu !

 

Perceval

Je l’ai touché par le milieu

D’un seul jet de ma javeline !

 

Gornemans

Pour cela fais-tu fière mine ?

Tu es réjoui, content de toi ?

 

Perceval

C’est donc mal de chasser les oies ?

 

Gornemans

Permets valet que l’on se signe,

Ce n’est une oie mais bien un cygne.

Tu as blessé l’oiseau sacré,

Une merveille que Dieu a créée,

Messagère des cieux,

Ravissement des yeux.

Que t’a fait cet être éternel

Pour choir sous ce trait mortel ?

Sa place n’est-elle pas sur le lac

De préférence au fond d’un sac ?

N’as-tu admiré sa grâce ?

Vois, sur le blanc, cette trace

Du sang que tu as fait jaillir !

Vois ces yeux, cette âme, défaillir !

Ce cygne d’amour et de lumière,

L’ayant meurtri, en es-tu fier !

Détruire te donne tant de joie !

Allons, réponds ! N’as-tu plus de voix ?

D’où viens-tu ? Quel nom tu as ?

 

Perceval

Je ne sais plus, je ne sais pas…

 

Gornemans

Tu ne connais ni toi ni d’où tu viens !

 

Perceval

Je vis sans aucun toit et je ne sais rien…

 

Gornemans

Sais-tu au moins où tu vas ?

 

Perceval

Là où me guident mes pas.

 

Gornemans

Es-tu née de mère ?

 

Perceval

Oui mais sans mon père…

 

Gornemans

Voilà qui est bien étrange…

Demeures-tu chez les anges,

Toi… venu du caprice des Temps ?

 

Perceval

Ma mère a attendu longtemps,

Ce père qui n’est jamais revenu

Et que je n’ai jamais connu.

 

Gornemans

Elle nommait comment son garçon ?

 

Perceval

Elle m’appelait de plusieurs façons.

 

Gornemans

Ah bien… parfait !.. Mais c'est-à-dire ?

 

Perceval

Elle me disait : beau cher sir.

 

Gornemans

Je ne crois que cela suffise…

 

Perceval

Parfois, elle me disait : beau fils.

 

Gornemans

N’as-tu encore d’autres noms ?  

 

Perceval

Maintenant, je crois bien que non.

 

Gornemans

Tes armes te viennent de quelle prise ?

 

Perceval

Au chevalier Vermeil les ai prises.

 

Gornemans

Comment cela ? En vrai combat ?

 

Perceval

D’un jet de ce trait il tomba…

Par javeline fut occis.

 

Gornemans

Penses-tu avoir bien agi ?

 

Perceval

Pour me rendre ridicule,

D’un coup sournois sur clavicule,

Fortement m’a frappé,

Du plat de son épée.

 

Gornemans

Pour cela, tu lui ôte la vie ?

 

Perceval

Il n’a pas écouté cet avis

Du roi, lequel ordonne :

Qu’à moi, ses armes, toutes, il donne.

Or ce chevalier refuse…

 

Gornemans

Mais qui, ainsi, de son droit use ?

 

Perceval

Le roi Arthur me l’a permis

Car l’autre, étant ennemi,

En la cour, devant Tous, l’attise…

 

Gornemans

Ne me contes-tu des sottises ?

 

Perceval

Oh non ! Au roi, il prit le hanap

Dont il verse le nectar sur la nappe,

Puis sur la robe de la reine…

Tous, en éprouvent grande peine.

 

Gornemans

Certes, il mérite un châtiment

Celui qui donne tel tourment

  À aussi brave roi qu’Arthur.

Mais triste est l’aventure.

Faute grave tu as effectuée :

Nul, entends-tu, n’a le droit de tuer !

Que sais-tu de la chevalerie,

Toi de par qui tant ont péri ?

 

Perceval

Ce que vous dites est terrible !

Je ne fais que choses horribles

En prenant la vie pour cible…

 

Gornemans

Redeviendrais-tu sensible…

Dis-moi : ces armes t’ont servi ?

 

Perceval

Nullement, mis j’en ai envie

Tellement, que mon cœur saigne.

 

Gornemans

Veux-tu que cet art, je t’enseigne ?

 

Perceval

Seigneur, chèrement le désire…

En tout, céans, je veux vous obéir.

 

Gornemans

Bien ! Dis-moi, à quoi sert l’épée ?

 

Perceval

Sur l’épaule, elle sert à frapper…

 

Gornemans

Non ! … avec, tu dois te défendre.

 

Perceval

Alors, elle set à pourfendre.

 

Gornemans

Si l’on veut !... quelle férocité !

Le nom de ceci (il montre l’écu) veuille me le citer.

 

Perceval

Je l’ignore… mais comme abri,

Il me garde d’intempérie…

 

Gornemans

Devant ton corps, cet écu place,

Quand l’ennemi te terrasse.

Pour te protéger des coups violents,

Il faut le manier sans être lent.

Bon !... Comment tiens-tu la lance ? 

 

Perceval

Au plus loin, très fort, je la lance…

 

Gornemans

Pour cela elle n’est prévue,

Tu commets encore une bévue.

Cette arme sert à cheval,

Quand l’un vers l’autre on dévale,

On s’en heurte au grand galop.

 

Perceval

Sous le choc, on est projeté comme ballot…

 

Gornemans

Certes !... Il ne faut pas être pleutre…

La lance, appuies contre le feutre

De la selle, la pointe saillant

En direction de l’assaillant,

Dis-moi… si tu vides les arçons,

Tu réagis de quelle façon ?

 

Perceval

J’irai sus avec les poings …

 

Gornemans

Valet ! Tu ne le ferais point,

Ce n’est loyale besogne.

 

Perceval

Ah ça alors ! Comment je cogne ?

 

Gornemans

L’épée, tu tires du fourreau,

En combat, c’est agir en héro…

Faisons-le donc ensemble…

---

(Apprentissage du maniement de l’épée)

---

C’et acquis, il me semble…

Parfait… parfait… je vois mon garçon.

Que bien tu retiens les leçons …

---

(Sonnerie de cloches)

---

Voilà que l’on sonne l’office…

C’est l’heure où Dieu rassemble ses fils …

Toi !... Viens !... Accompagne-moi !

Vois !... Ouvre grand, tes yeux… vois !...

 

 

Scène 2

 

Anfortas

---

(couché sur une litière)

---

Ô mon père ! Oh douleur !...

Immense, est le malheur

Planant sur notre communauté

Depuis que Lance, lui fut ôtée

Par l’un d’entre nous, lui, mon hôte,

Chez qui je commis la faute…

Du château de Klingsor,

C’est impur que l’on en sort !...

L’habile magicien,

Par ses terribles liens,

Avec les maîtres de l’enfer,

À des fleurs, confère,

Le pouvoir éternel

De beauté charnelle

Qui embrasent l’âme.

Ces fleurs sont des femmes !...

Je fus envouté par leurs charmes…

Survient Klingsor qui me désarme,

Par moi, succombant à ses artifices,

De la Sainte Lance a le bénéfice.

Du fer sacré, me touche à l’aine,

Pour parfaire l’œuvre de sa haine…

Jamais ne guérira la blessure,

D’où jaillit, sans répit, noir et sûr,    

 Un sang qui brûle mes veines…

Et bien pire, j’endure la peine,

Par douleurs, soulevant les râles,

Pour présenter, ici, le Saint Graal.

Chevaliers de Dieu !...

J’ai souillé ces lieux !...

De ce service, je suis indigne…

 

Chœurs

Anfortas ! Point ne t’y résigne !

Tu n’auras de pardon

Qu’en faisant ce grand don !...

Pour vaincre le maléfice,

Accomplis le sacrifice !...

 

Anfortas

Ah douleur ! Sang cuisant, sang impie,

Qui me torture et ne veut que j’expie !

Pour vous, pour mon père Titurel,

J’accomplirai encore le rituel :

Que ce sang pur venant des Cieux

Emplisse de Lumière le Vase Précieux !

 

---

(Procession telle que décrite dans le roman de Chrétien de Troyes

« Au château du roi pêcheur ».

Perceval assiste à toute la cérémonie, voit bien tout ce qui s’y accomplit mais reste coi…)

---

 

Gornemans

Alors, tu as vu, entendu ?

Que restes-tu là, éperdu !...

N’as-tu l’usage de la parole ?

Hors de toi, toute raison s’envole !...

Tu ne dis rien ?... Ne poses de questions ?

Sur toi, je me serais mépris…

J’ai cru, voir en toi, le Fol Sage…

Mais, ici, n’y fait que passage…

Va ! Hors de là, jeune étourdi !

Mais avant, entend ce que je dis :

De tirer sur les oiseaux, ne recommence,

Car bien, je te l’assure, foi de Gornemans

Ces êtres ailés, purs, et radieux

Demeurent les seuls vrais messagers de Dieu.

 

---

Perceval sort, silencieux… transfiguré…

---

Anfortas et l'illumination du Graal...

Anfortas et l'illumination du Graal...

- Super Châtel (Haute Savoie) Pâques 1973 -

 

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Profil


FARFADET 86
Sexe : Homme
À propos : Retraités depuis janvier 2005, avec mon épouse, nous étions accompagnateurs de personnes handicapées mentales, ceci pendant 40 ans, dans un Foyer de Vie, en Haute Normandie.

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