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Le Mirebalais Indépendant

Bienvenue à Mirebeau en Poitou.

"Le Passé m’est tellement Présent à l’esprit, qu’ici, il s’offre un Avenir… "
Parole de Farfadet.


Publié le par FARFADET 86
Publié dans : #Les clins d'oeil du Farfadet

Un roman réaliste ayant pour toile de fond la tragédie algérienne, se présentant comme une saga de « harkis » sur trois générations.

Mais pourquoi ce titre ? Il y aurait donc une manière de perdre avec élégance ou bien laissant penser que la défaite vous concernant est seulement l'appréciation émise par la partie adverse déclarée vainqueur.

Il faut se plonger dans cette lecture pour découvrir toute la dimension de cet art de perdre et en explorer la portée historique.

 

65 ans plus tard le drame algérien laisse encore apparaître des cicatrices pas vraiment fermées. Il y a des blessures encore à vif dans les deux camps exilés : Français d'Algérie et Harkis...

 

Ce roman, en outre, a une vertu pédagogique nous faisant pénétrer dans les mentalités de l'époque mais surtout au fin fond de la Kabylie où la manière de penser, d'assumer son quotidien et de temporiser ses relations à la famille et aux autres clans d'un village, n'ont rien à voir avec les menées existentielles des Français ayant investi le Maghreb depuis un peu plus d'un siècle.

Surgissent alors les horreurs de cette guerre de 8 années perpétrées par l'armée française s'opposant aux factions indépendantistes entrées en rébellion dès 1954. Nous ne referons pas l'histoire ici, pas plus qu'elle n'est racontée dans le livre où ce sont les conséquences et les dommages qui sont exposées à travers le sort de ces rapatriés désignés comme « harkis » et donc considérés comme traîtres dans leur pays d'origine, l’Algérie, indépendante depuis Juillet 1962.

 

C'est l'histoire de racines, de celles invisibles mais ô combien prégnantes sur le cœur des personnages qui évoluent sous nos yeux, au gré de cette passionnante et bouleversante lecture...

 

Ali, Hamid, Naïma, qu'ont-ils perdu ?

Le premier, ses oliveraies sur les crêtes de Kabylie et sans doute son honneur, le second son enfance, la troisième ne sait pas puisqu'elle n'a reçu aucune information sur le passé algérien de ses grands-parents installés au Pont-Féron quartier du bourg de Flers dans l'Orne, après avoir transité au camp de Rivesaltes puis au hameau de forestage à Jouques petit village du pays Aixois dans les Bouches du Rhône.

 

C'est avec beaucoup de finesse et de tact que l'auteure nous fait vivre cet exil d'une honorable famille de Kabylie effectuant à contre-cœur un voyage vers des terres et des paysages totalement inconnus où la langue parlée n'est plus la-leur. Leur descendance aura-t-elle la possibilité de s’intégrer ?

Quel regard portent les Français de la métropole sur ces communautés maghrébines installées maintenant sur leur territoire et qui devaient nécessairement faire partie de leurs ennemis au cours de cette interminable et horrible guerre d'Algérie ?

Arabes, Musulmans, fellagas, felouzes, les appellations ne manquent pas. Faut-il rester ce que l'on est identitairement  ou bien tenter de s’intégrer en adoptant les modes de vie européens et en parlant la langue française ?

Ali s'y obligera mais Yema, son épouse, elle, gardera ses rites et et habitudes ancestraux, Hamid, leur fils, se fondra dans le moule, adoptant la culture française dans tous ses fondements, jusqu'à éliminer de ses souvenirs, les paysages sauvages de son enfance. Naïma, elle, parisienne, diplômée universitaire, artiste, découvre soudainement que ses origines sont de l'autre côté de la Méditerranée. La révélation se fait grâce à une rencontre liée à ses impératifs professionnels ; jusqu'alors elle n'avait rien cherché à savoir sur ses origines puisque ses grands parents et même son père, ne lui en avaient toujours rien dit et n'en parlaient jamais.

 

Y-a-t-il un art de perdre ? Naïma nous aide à répondre à cette question au cours d'un voyage « initiatique » en retournant sur la terre de ses grand-parents...

 

Je me permets, ici, d'élargir le champ s'ouvrant à cette brûlante question en la retournant à notre version historique de la guerre d'Algérie se soldant par la perte de cet ensemble de départements d'outre-mer, constituant un vaste territoire colonisé et soumis au droit français depuis 114 ans... Tout ce qui y fut bâti et exploité fut remis aux Algériens de souche, et les ressortissants français rapatriés furent tenus à tout laisser de leurs biens et entreprises. Un désastre économique, mais aussi un drame culturel, les Français nés en Algérie étaient aussi Algériens... ce fut aussi le déracinement pour eux...

 

Et, pour de Gaulle qui leur avait dit : « je vous ai compris » ce revirement, ce renoncement avec les accords d'Évian du 19 mars 1962, en faisait également un traître. À lui aussi perdant, et grand perdant sans doute, attribuerons-nous cette forme d'art dans la manière de perdre ?

Certainement en évoquant le contexte de ces années de guerre coloniale  : 1954 le désastre de Diên Biên Phu qui nous vaut la perte de l'Indochine, perte d'une guerre aussitôt relayée par la guerre d'Algérie, se déroulant alors sous forme de guérilla à l’improbable issue, tissée d'attentats meurtriers jusqu'en métropole, de guets-apens à répétitions sur un terrain non maîtrisable propice à ces multiples embuscades déroutant tous plans d'attaque franche, de représailles sanglantes et monstrueuses dans les deux camps. Cette guerre pouvaient durer des décennies et procurer des souffrances innombrables dont le Monde et la France en reconstruction, mais aussi ces colonies revendiquant l'autonomie de gestion, n'avaient nullement besoin. C'est cette lucidité et cette perceptive d'avenir qui a fait revenir Charles de Gaulle sur son engagement, sur sa promesse faites aux Algériens de toutes souches et sur sa parole. Lui qui toujours disait NON, cette fois, avait dit Oui à l'indépendance de l'Algérie...

 

Il mettait fin à une guerre mais pas à une foultitude de drames humains... ceux que l'on désignait comme harkis en furent certainement les premières victimes ; pour les uns, dans leurs chairs et leurs vies, châties puis exécutés sur place par leurs frères musulmans, pour les autres, rapatriés en France, dans leurs probités étant désignés comme traîtres « bon à être égorgés » et à jamais bannis de leurs terres d'origines, apatrides défaits pour toujours de leur nationalité. Déracinés, ni vraiment Français ni légitimement Algériens, ils avaient tout perdu....

 

Citation de Élisabeth Bishop :

« Dans l'art de perdre, il n'est pas dur de passer maître,

tant de choses semblent si pleines d'envies...

...des royaumes que j’avais, des rivières, tout un pays.

Ils me manquent, mais il n'y eut pas de désastre. »

 

 

Il faut lire ce roman, Prix Renaudot des Lycéens.

Commenter cet article

manou 16/11/2019 07:30

Merci d'avoir mis le lien sur mon blog pour que je vienne découvrir cette superbe critique. Comme tu l'as vu c'est un roman que j'ai aussi beaucoup aimé et qu'il faut absolument découvrir...Le problème des harkis en France n'aurait pas du en être un. Dans la petite ville de Provence où je suis né, ils ont été logés pendant longtemps dans de petits structures à côté de là où j'habitais. Nous jouions entre nous et puis on les a déplacé pour les isoler dans un quartier périphérique. J'étais bien trop petite pour comprendre pourquoi mais je me souviens que mes parents en avaient été très choqués...Bon week-end, je découvre du coup ton blog

eliane roi 10/08/2019 10:12

Voici le commentaire de Céjipé dans mon blog sur ton article : je te le joins :
Salut farfadet, j'ai lu ce lien sur ton blog. Je conseil à toutes et tous de le lire, il corrobore mes propos sur l'origine de ce et ceux qui divisent et opposent les humains. ...On parle aujourd'hui de mondialisation...mais elle est vieille comme le monde. Elle existe depuis que homo-erectus se déplace et qu'il a laissé certains d'entre "lui" le faire travailler pour prendre l'ascendant sur lui et enrichir la minorité dominatrice ! Je me rappelle les cours de l'histoire "officielle", Ou les "gentils" croisés chrétiens partaient en croisade contre les méchants "Sarrazins" pour les convertir et "reconquérir " des lieux "dits" saints. (L'inverse est tout aussi valable) ...Mais la réalité était bien autre et plus religieusement mercantile... et profitable pour les "souverains européens" (tient déjà !) fédérés par la papauté romaine...la modernisation de la navigation et de l'armement embarqué ...et c'est tout l'ouest africain, et les Amériques qui furent soumis au dictat de la "civilisation" chrétienne...et aux génocides, à l'esclavage...des féodaux occidentaux, "fils" de l'église ! ...Au 19 siécle l'essor de l'industrie, gourmande en matière noble nécessaire, absentes ou en faible quantité en Europe, vit les industriels et financiers occidentaux et leur personnels politiques ... réinvestir et "nationaliser" le Maghreb et l'Afrique noire...à la remorque des militaires et des "pères blancs"...le sabre et le goupillon...Et mettre au boulot à coups de trique ces "êtres inférieurs" . Pour cela il fallu aussi "exporter" des chefs et des "moniteurs" pour encadrer les "indigènes"...mais aussi ,de fait , créer artificiellement l'embryon d'une nouvelle classe de propriétaires et de notables dirigeants illégitimes...Le capital se déchargeant de la gestion humaine sur ces derniers ! 120 ans après, il est compréhensible que leurs descendants n'est pas eu la même perception de la situation. Et globalement se sentent floués par les "inconséquences" et la malhonnêteté, l'hypocrisie de la république... (Qui soit dit en passant se "retira" de l'Algérie en emmenant la plupart des documents nécessaire à l'administration du pays)...paradoxalement ce fut la période ou les maghrébins vinrent le plus travailler en France (dans les usines, le bâtiment, les chantiers autoroutiers) ou ils leur étaient "confié" à vil prix les boulots les plus pénibles, avec des conditions de vie et d'hébergements indignes ! Très fort, hélas, ce capitalisme qui prospère (le mot est faible) sur les divisions de ses victimes en comptant les points...et la progression de son tas d'or ! ...Le racisme n'est pas quelque chose de naturel, c'est une maladie qui nous est inoculée insidieusement, par ceux qui exploitent nos vies à leurs profits...relayés par l'extrême droite, ...et les médias dont ils sont propriétaires ! Aux Humanistes et anti racistes de toutes conditions de ne pas laisser faire...avec pédagogie et ouverture d'esprit !

claudeleloire 14/04/2018 08:13

qu'elle est donc la place de "l'homme" dans ce charivari universel de la géopolitique ? qui voulût dans ce temps s'enrichir en terres lointaines tout en sacrifiant les coutumes des lieux envahis ... qui crût que seule notre culture valait contre les leurs ? qui aujourd'hui encore et peut-être surtout est le mal le plus profond qu'il nous reste à résoudre ... celui du respect des autres ... et ce pour tous ... à chacun ses racines, à chacun sa culture, sans vouloir imposer à chacun l'uniformité de la pensée ... tout en en permettant les échanges ... créant de l'avenir !
amitié .

Domi 12/04/2018 17:23

Compliment aussi pour la qualité globale de l'article

Domi 12/04/2018 17:20

Un sujet qui reste brûlant, toutes les cicatrices ne sont pas refermées, et pourtant certaines auraient pu l'être bien mieux

Profil


FARFADET 86
Sexe : Homme
À propos : Retraités depuis janvier 2005, avec mon épouse, nous étions accompagnateurs de personnes handicapées mentales, ceci pendant 40 ans, dans un Foyer de Vie, en Haute Normandie.

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