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Au lendemain de l'armistice de Mai 1945, l'Europe en ruines, meurtrie et défigurée par six années de guerre, doit se reconstruire. Cette folie a dispersé des centaines de milliers de personnes sur le continent. Les survivants de l'holocauste se jettent sur les routes pour retrouver les membres de leurs familles qui auraient survécu à la "solution finale"...
Janvier 1945, à son grand désespoir, Tasha 16 ans, retenue avec d'autres enfants et adolescents dans un baraquement du camp d'Auschwitz, assiste impuissante à l'éloignement de sa mère Lydia Ancel convoyée avec d'autres déportés adultes à destination d'un autre camp, une opération précipitée par l'approche des troupes russes progressant rapidement vers l'Ouest. Elle reste ainsi, le nez collé sur la vitre gelée, jusqu'à ce que disparaisse de sa vue, la flamboyante chevelure rousse de sa mère. Elle serre dans sa main une de ses merveilleuses boucles... le seul chaud et délicat souvenir lui restant de Lydia...
Mai 1945, Tasha a quitté libre, le maudit camp. A Theresienstadt, petite ville tchèque devenue, centre de réfugiés, elle retrouve Georg, compagnon d'infortune qui l'a toujours défendue et protégée. Recueillis là comme beaucoup d'autres enfants et jeunes gens orphelins, suivant leur accord, ils ont la possibilité d'aller en Angleterre pour être hébergés et rééduqués dans des foyers et établissements accueillant nombre d'enfants sans famille des pays de l'Est européen, victimes de la guerre et de la déportation. Georg parvient à convaincre Tasha d'accomplir ce voyage malgré son obstination à vouloir entreprendre des recherches sur le continent pour retrouver sa mère qu'elle pense être encore vivante.
C'est ainsi, qu'avec d'autres orphelins, ils vont se retrouver dans la magnifique région des lacs à Windermere. Dans ce cadre idyllique, ces enfants meurtris, cassés par les sévices de la détention nazi, peuvent retrouver sérénité et dignité pour se reconstruire sous la férule bienveillante et aimante d'Alice Goldberger.
L'autrice, Anna Stuart juxtapose avec autant de justesse que de délicatesse, la réalité historique à la fiction romanesque de son ouvrage aussi passionnant qu'instructif.
Le lecteur s'attache facilement aux personnages de ce roman où Alice personnage central, en dépit de ses peines et souffrances personnelles, est toujours disponible pour consoler, rassurer, encourager, aider petits et grands fragilisés par leur horrible vécu au quotidien à proximité de la mort, et non épargnés par les pires tourments. Douceur, patience, mots doux, paroles sincères, Alice apporte les réponses justes pour remettre toute cette jeunesse sur le bon et droit chemin de la Vie.
C'est aussi un véritable déchirement de suivre Lydia qui, à des milliers de kilomètres, cherche sa fille Tasha, allant jusqu'en Autriche. Cette marche incessante l'affaiblit toujours plus, affectant son état de santé déjà altéré par les symptômes d'une pneumonie latente.
A la même période, au nord de l'Angleterre, Tasha culpabilise d'avoir quitté le continent pour suivre Georg, se disant qu'elle aurait mieux fait de rester à Theresienstadt d'où elle aurait pu faire des recherches ou être plus facilement retrouvée par sa mère, n'étant, à cet endroit, l'une et l'autre, pas trop éloignées des lieux où elles avaient été séparées.
Georg...
Mais il était déjà parti, traversant la pelouse pour rejoindre sa chambre. Tasha le vit s'arrêter en même temps qu'Alice sortait des cuisines. Elle tenait une lettre et avait l'air distraite, malheureuse même, mais Tasha la vit se recomposer un visage rapidement tandis que Georg lui parlait, visiblement excité. Elle l'écouta en hochant la tête et lui tapota gentiment le bras. Tasha était contente qu'il l'ait remerciée, mais furieuse qu'il ait mis de côté l'intelligence attentionnée dont elle avait fait preuve. " Tout tourne autour de toi", avait-il dit, mais il ne proposait pas mieux. Très bien, qu'il aille à Londres pour son merveilleux travail et son merveilleux club. Elle n'avait pas besoin de lui de toute façon. Elle n'avait besoin de personne.
Sauf de maman, lui dit une voix.
Outre le prologue et l'épilogue, 39 chapitres constituent cette histoire qui commence à la libération, au Printemps 1945, et s'achève en été 1950. L'intitulé de chaque, fait s'alterner les noms de Tasha, Alice et Lydia. C'est leurs ressentis, aspirations, déterminations, et vocations pour oublier les affres de la terrible guerre et de la disparition des êtres qu'ils aimaient le plus, que leurs échanges traduisent à travers de nombreux dialogues non dépourvus de véracité, de réponses pertinentes et de réalisme d'où toute haine est exclue, en dépit des meurtrissures toujours présentes mais rarement évoquées.
J'ai vivement apprécié cette lecture qui demeure aussi un témoignage vibrant de ce que fut le sort d'enfants orphelins recueillis dans des établissements d'assistance sociale et éducative, créés pour la circonstance mais aussi celui de leurs aidants providentiels dévoués, leur prodiguant soins, instruction et aussi Amour, le remède essentiel...
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*La sage-femme de Berlin* de Anna Stuart... - Le Mirebalais Indépendant
Une Naissance c'est déjà le franchissement d'une frontière. C'est aussi une histoire de mur... mais, ici, la construction de la honte... une frontière au milieu de la ville ... une ligne de ...
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