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Le Mirebalais Indépendant

La Vie d'ici et d'ailleurs - Patrimoine : d'hier à aujourd'hui, un monde riche de son passé, a forcément un Avenir ...

Publié le par FARFADET 86
Publié dans : #Les cahiers du Martiniste

img034.gifQuand il est arrivé au Centre Saint-Martin, en mars 1970, il était dans sa 16ème année.

De petite taille, il paraissait garçonnet mais son corps noueux, fortement ossu, son visage aux traits angulaires, affichaient la mélancolie et l'anxiété résultant d'une enfance éprouvée par le manque d'affection ayant été placé, encore petit, en foyer d'accueil puis en institution spécialisée. Quatrième d'une fratrie de 8 enfants, il fut tôt, rejeté par sa mère. Il n'a aucun souvenir de ses parents et de sa famille avec laquelle il n'a plus de contact.

A ses débuts dans notre communauté, Marcel, en pleine adolescence, mais affecté d'un mental de petit enfant, se montre taciturne, peu loquace, sans pour autant être opposant. Il suit bien le mouvement des groupes qu'il intègre au gré des activités quotidiennes tenant à la vie domestique, aux travaux en atelier ou en extérieur autant qu’aux activités culturelles et de loisirs proposées.

Nature bougonne, il réagit par des « petites colères » lorsqu'il se trouve en échec et quand on lui fait des remarques consécutives à ses manquements, à ses erreurs, ou à ses ratés...  ce sont des colères de nature puérile qui font qu'il s'en prend surtout à lui même, se mordant ou, à l’extrême,  tapant dans les objets proches.

Il est aussi affecté de tics nerveux assez prononcés : haussements d'épaule, balancements, reniflements, crispations au niveau du visage. Il marche de façon saccadé en marmonnant des propos inintelligibles pouvant faire croire qu'il psalmodie... Sa vue n'est pas bonne, il est fortement myope et regarde tout de très près.  A table, il mange le nez dans l’assiette. Son appétit est excellent mais il ingurgite sans mâcher des quantités phénoménales de nourriture.  Il brûle toutes ces calories car, de tempérament très sec, nerveux, il a du mal à prendre du poids.

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Au cours de chant, bien intégré, Marcel - 4ème en partant de la gauche, en pull rayé.

 

Ci-dessous, au cours d'Eurythmie - Premier plan, à gauche

img032.gifL'équipe éducative a eu tôt fait de déceler le gros manque d'affection dont Marcel souffrait... On sentait bien qu’il avait besoin d’un référent pouvant exercer l’autorité constructive pour lui, tout en dispensant de la chaleur humaine propre à rétablir la confiance dans les adultes qui le prennent en charge. C’est Christian H. éducateur, qui l’a pris sous sa coupe et l’a accompagné quotidiennement dans l’accomplissement des tâches régulières de la vie domestique et dans celles afférant au travail. Un climat de confiance et de respect mutuel s’est vite installé entre ces deux là et, par ricochet, avec l’ensemble de l’équipe éducative.

Marcel est de nature serviable, obéissant et entreprenant. C’est un actif  certes, pas un fonceur mais, étant obstiné, à son rythme, il apprend ce qui lui est enseigné. Toutes les tâches qui lui sont confiées sont entreprises avec régularité et menées jusqu’à complet achèvement. Il a le souci de bien faire ce qu’on lui demande. Sans doute trop long dans l’exécution, ce qu’il présente, par contre, est toujours impeccable.

D’abord au jardin, puis sur des chantiers d’entretien en extérieur, son application est notoire. Une planche du potager à désherber est par lui, totalement débarrassée des  nuisibles et  la terre en est minutieusement réduite en fine mouture, bien bêchée, le carré parfaitement délimité.

Il adore travailler et pour se donner du cœur à l’ouvrage, il chantonne de sa petite voix fluette, les refrains qu’il connaît.

Très endurant, à des travaux de maçonnerie il participe activement, au déblaiement de gravas, au fossoyage des fondations  pour construire de nouvelles dépendances et ateliers ou encore à la réalisation d’enclos pour les moutons. Sur tous ces chantiers, il ne craint pas de manier la pelle et la pioche ni de pousser de lourdes brouettes. Petit mais costaud, Marcel s’épanouit au travail en groupe.  

Ci-dessous, dans sa chambre à "Ste Odile"  

img036a.gifCette attitude positive, il la manifeste également dans toutes les tâches de la vie quotidienne, faire son lit, sa toilette, plier ses vêtements, ranger sa chambre, cirer ses chaussures, tout ceci il le fait méthodiquement, avec grand soin… Les activités artistiques auxquelles il participe, même si pour certaines il semble peu doué, il se montre assidu, attentif et s’exerce de bonne grâce. Certes, l’échec le rebute mais, ayant appris à le connaître et lui accordant nos encouragements, on parvient à éluder ses petites colères passagères puis à lui redonner confiance en lui. 

Il a bien sûr ses petites manies et cela lui est dur d’aller contre ; de lui faire adopter de nouvelles consignes, de modifier ses pratiques pas toujours conformes, exige de lui et de nous patience et tact… néanmoins, avec le temps, Marcel s’adapte à ces exigences et parvient à se maîtriser puis à acquérir de nouveaux savoir faire.

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En 1990, Lors des 25 ans du Centre, souriant , au premier plan , à droite.

Socialement, Marcel est une personne très agréable qui ne perturbe jamais ses camarades mais qui, au contraire, se rend disponible pour aider les uns et les autres ayant besoin d’assistance. Il s’est très vite fait accepter et jouit d’une bonne considération de la part de tous. Il est un « père tranquille», reconnu comme un sage en quelque sorte…

Dessiner constitue son passe-temps favori. Livré à lui-même, dans ses temps libre, il sort ses crayons et ébauche nombre de dessins suivant des motifs stéréotypes sur des thèmes floraux récurrents. Comme tout ce qu’il entreprend ses graphismes sont soignés, et ses formes rigides, bien délimitées sont parfaitement coloriées. Au début ses dessins étaient flamboyants avec des couleurs vives, criardes, mais, petit à petit, elles sont devenues pastelles et ses représentations bien plus douces.

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Avec ses compagnons de la Menuiserie - au premier plan à droite.

 

Au bout de six années de présence au Centre Saint-Martin, Marcel a été affecté à la menuiserie de Guy T. et c’est dans cet atelier qu’il a trouvé sa vocation. Même si en cours d’apprentissage, les assemblages à réaliser lui ont procuré bien des difficultés, avec le temps il a intégré les tours de mains propres au métier. Suivant ses habitudes, il s’est toujours révélé un valeureux compagnon pour toutes les tâches de finition : ponçage, vernissage, lustrage. Ses planches et autres éléments constituant le petit mobilier fabriqué dans les lieux, étaient poncés et vernis à la perfection.

 

Anecdotes :

img033.gifEn période de vacances, mon épouse et moi eûmes plusieurs fois sa présence bienfaisante dans les groupes qui nous étaient confiés lors des transferts réservés à nos pupilles…

J’ai le souvenir lors d’un séjour en Suisse en Septembre 1985 de sa première prise de contact avec l’altitude, lors de notre montée dans le petit train qui faisait l’ascension de la montagne nous menant d’Aigle, sur les bords du Léman jusqu’aux Diablerets. La voie serpentait sur les déclivités très pentues par endroit et notre Marcel pas rassuré se cramponnait avec fermeté au banc de bois du wagon quelque peu inquiet de l’issu de ce voyage …

Au nettoyage de la salle à manger qui lui était confié, Marcel ne craignait point manier balai et ramasse-miettes ; un jour, pour le taquiner, quelques miettes du pain qu’on venait de nous livrer, se trouvant sur le sol, nous sommes allés le chercher dans sa chambre lui faisant la remarque d’un oubli de sa part. Vexé, notre pauvre Marcel, répara la faute mais, tout en ramassant les miettes à terre, ne put s’empêcher de bougonner et c’était fort drôle : « Non mais, j’ai bien fait mon travail moi ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire, ils ont remis des miettes ici, y’en avait plus pourtant, j’en suis sûr… et puis, je ne suis pas la bonne moi !... Elle n’a qu’à le faire elle même la Mère L. Non mais alors !... Ils m’ennuient à la fin avec leurs ordres idiots !... Fait Ch.. ça, hein !  » Nous voyant alors en train de l’observer, notre Marcel se ravise aussitôt : « Pfff !... Voilà c’est fait… ça va comme ça ?... Nous partons d’un grand éclat de rire : « Mais cher Marcel, c’était pour te taquiner  et tu as bien mordu à l’hameçon, ces miettes c’est le livreur de la boulangerie qui les a laissées en nous apportant le pain… de te voir ronchonner nous a bien fait rire, il faut en convenir ! » Notre Marcel pas toujours réceptif à l’humour n’a pas partagé notre amusement et est retourné dans sa chambre sans rien dire. Peu après, il est venu s’excuser pour avoir dit des gros mots. Nous l’avons tout de suite rassuré en lui répétant que c’était pour rire, que nous admettions fort bien qu’il se soit vexé et que nous ne lui tenions nullement rigueur pour sa réaction tout à fait compréhensible. 

Marcel n’était pas insensible aux charmes féminins ; alors que nous étions en visite au zoo de Bâle, observant des ours dans leur fosse, Marcel se retrouva à côté de deux jolies jeunes femmes blondes au teint de peau délicieusement ambré, en short et chemisier généreusement échancré, gracieusement noué à la taille, juste au-dessus du nombril… Du coup, il ne pu s’empêcher de les dévisager, de pied en cap, son regard plongeant vers le décolleté de sa voisine ou bien s’attardant sur les croupes mises en valeur par les tenues légères. Me rendant compte de son émerveillement qui le faisait bien plus s’extasier sur certains détails de l’anatomie parfaite de ces gracieuses créatures que sur les incessantes allées-et-venues des ours en contrebas, je lui tapais doucement sur l’épaule : « Marcel, ces ours, là, en bas, c’est bien des ours polaires, qu’en penses-tu ?... - Sursautant «  Heu oui… les ours là, eh bien… c’est des polaires, oui… c’est ça surement !… - C’est bien ce que je pensais aussi, lui souriais-je malicieusement complice »… 

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En 2000, lors des 50 ans de son ami Michel H

Etant un compagnon socialement bien stabilisé, serviable et même prévenant avec son entourage, Marcel, si jeune privé de famille, a pu bénéficier du parrainage constant de la famille H, les parents d’un autre compagnon du Centre. A chaque visite mensuelle, Marcel accompagnait Michel H sortant avec ses parents : restaurant, promenades, jolis cadeaux à chaque anniversaire et fête, Marcel a été gâté et chéri par cette famille qui appréciait sa gentillesse et sa discrétion.

 

Marcel n’est pas un personnage démonstratif, exubérant, toutefois il sait apprécier ce qui est fait pour lui et les activités qui lui sont proposées. Son enthousiasme, s’il ne se perçoit pas à première vue, est pourtant réel, cela se remarque dans son engagement et son désir de toujours faire le mieux possible ce qu’on lui confie.

Régulier, fidèle entre les fidèles, il répond présent partout où l’on a besoin de lui… A chaque fête ou manifestation il s’anime, se montrant efficace lors des préparatifs et judicieusement  utile le jour même.

Au Jeux de Noël, il a toujours tenu les rôles qui lui ont été confiés avec le juste sens du recueillement et de l’humilité requis, que ce soit celui du santon aveugle venant adorer l’Enfant Nouveau Né ou bien celui du coq annonçant sa naissance et, ce qui le caractérise, son aide précieuse pour faciliter les déplacements et placements de ses camardes sur scène ; il avait l’œil pour que chacun trouve bien sa place. Marcel était vraiment exemplaire par sa tenue, sa discrétion et son engagement.

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Elle est bien celle-ci !... N'est-ce pas Monsieur L. ?...

Marcel vouait aussi une grande passion aux voitures, il s’y intéressait au point qu’il connaissait un nombre incalculable de modèles et de marques. Ayant le don de repérer toutes les nouveautés, lorsque l’une d’elle, suivant les circonstances, se trouvait dans l’enceinte du Centre, il venait tourner autour, en la contemplant sous toutes les coutures… Vous dire combien il était heureux ce jour de Juin 1997 quand, faisant partie du groupe sélectionné pour une sortie particulière, nous sommes allés visiter l’usine PSA de Poissy qui, à cette époque, fabriquait les « 306 » de Peugeot. Pendant deux heures, nous avions pu suivre la construction de ce modèle depuis la mise sur banc du châssis nu à équiper avec les différents organes mécaniques jusqu’au passage dans les corridors et sas de peintures des éléments de carrosserie avant l’habillage définitif de l’auto en fin de chaîne… Marcel était aux anges !… 

 

img036.gifC’est avec une immense tristesse que nous avons appris sa disparition. Marcel est décédé le 13 Octobre dernier à l’hôpital de Gisors. Il avait 58 ans …

 

Nous pensons vivement à Lui, à son amie Maryse, à la famille H. et à tous ses amis, compagnons et accompagnateurs du Centre Saint-Martin que cette disparition afflige profondément. Tous, seront réunis chaleureusement auprès de lui pour l’accompagner ce Lundi 22 Octobre 2012, lors de sa bénédiction et de son inhumation à Etrépagny.

 

Une nouvelle lumière scintille tout là-haut, dans l’infini champ d’étoiles, le Cœur de Marcel y rayonne nous transmettant son merveilleux message de Paix…

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O
<br /> l n'as pas eu de chance au départ de sa vie, mais au fur et a mesure qu'il a grandit et vieillit il est devenu un garcon plein de talent et gentillesse. ses proches doivent le regretter Patrice<br /> <br /> <br /> bisous<br />
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M
<br /> un sacré bonhomme qui doit  être là haut avec les anges, c'est sûr  ...courage à sa famille et à tous ses amis ..<br /> <br /> <br /> je viens de chez bob<br />
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B
<br /> salutations Marcel  et bon repos tout la-haut !<br />
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C
<br /> merci pour avoir si bien résumé Marcel....C'est un bon souvenir de mes 3 années a Saint Martin.<br />
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M
<br /> c'est tout beau cette histoire de vie même si elle s'en est allée ... Marcel restera en ta mémoire tel un homme que l'amour a sauvé ...<br /> <br /> <br /> amitié .<br />
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Profil


FARFADET 86
Sexe : Homme
À propos : Retraités à Mirebeau* (Vienne), depuis janvier 2005, avec mon épouse, nous étions accompagnateurs de personnes handicapées mentales, ceci pendant 40 ans, dans un Foyer de Vie, en Haute Normandie.

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