C'est aussi une histoire de mur... mais, ici, la construction de la honte... une frontière au milieu de la ville ... une ligne de séparation innacceptable ... une absurdité idéologique ... un échec politique ... une insuffisance diplomatique ... un tel manque d'humanité, c'est bête à en pleurer !...
Au nom des droits qu'imposent les conquérants aux peuples qu'ils dominent et soumettent, le plus injuste et effroyable c'est bien celui de retirer, sitôt né, son enfant à une mère.
Cette horreur a son précédent, puisqu'à Ester déportée au camp de Auschwitz-Birkenau, en décembre 1943, sa fille Pippa lui fut enlevée manu-militari pour être élevée par une mère allemande, au titre de véritable fille du Reich, étant une enfant blonde...
18 ans plus tard, Ester, sage-femme praticienne réputée pour son habileté et sa douceur, assiste au même drame où le bébé, sitôt né est retiré à sa mère "prisonnière politique", par un officier de la Stasi. Ce 18 mai 1961, Ester était accompagnée d'Olivia sa fille adoptive qui l'assiste dans sa mission de mise au monde des bébés.
- Elle reste sa mère. Et c'est elle qui a porté l'enfant.
- Son corps est un instrument de l’État. Nous n'allons pas faire preuve de cruauté envers l'enfant. Il sera en sécurité et bien soigné.
- Mais pas par elle.
- Parce qu'elle n'en n'est pas digne.
- Mais...
- Madame ! Vous avez fait votre travail, laissez-moi faire le mien. Si cette femme fait preuve de loyauté par la suite, elle pourra avoir un autre enfant.
- Cela ne change rien !
- Madame Pasternak, êtes-vous également une personne subversive ? demanda l'officier tout en reculant.
Fort heureusement l'incident tourne court, car Olivia a pris aussitôt la défense de sa mère témoignant de sa loyauté et de son intégrité. Cet incident qui a bouleversé les deux femmes, ravivant de terribles souvenirs à Ester et indignant profondément sa fille adoptive, va opportunément entraîner le moment des révélations. Le lendemain, Ester raconte à Olivia sa déportation, ses épouvantables conséquences avec La perte de sa fille Pippa. Olivia aussi est née à cet "endroit" mais sa mère n'a pas survécu à la déportation. C'est après guerre qu'elle fut retrouvée dans un orphelinat et qu'Ester et son époux ont pu l'adopter. Olivia vient d'apprendre qu'elle a une sœur dont hélas, on ne sait ce qu'elle est devenue, où et chez qui elle vit, à Berlin où ailleurs dans cette Allemagne occupée déjà séparée en deux blocs non conciliables.
Mercredi 7 juin 1961
Kirsten était allongée sur son lit, observant les derniers rayons du soleil projeter leurs teintes d'une insoutenable beauté sur le plafond, tout en tentant d'intégrer ce que Jan lui avait révélé la semaine précédente.
" Tu n'es pas ma fille, Kirsten, avait-il vociféré. Je t'ai trouvée. Je t'ai offerte à ta mère car son putain d'utérus était trop bousillé pour que nous puissions avoir un bébé à nous."
Suite au premier chapitre intitulé "Olivia", précédé du prologue "Ester" nous ramenant à Auschwitz-Birkenau, vient le deuxième, intitulé "Kirsten". La construction du roman s'articule autour de ces deux prénoms : Olivia et Kirsten titrant en alternance 41 chapitres de l'ouvrage, jusqu'à l'épilogue lui intitulé "Ester".
L'essentiel de l'action, jusqu'au dénouement de cette histoire très prenante, se déroule à Berlin et à Stalinstadt en zone Est, au cours de l'année 1961, de mai à décembre... l'année de la construction du mur...
En fin d'ouvrage, l'auteure nous gratifie d'une vingtaine de pages de notes historiques nous plongeant dans l'atmosphère social et géopolitique de cette époque dite de la guerre froide.
J'ai vivement apprécié cette lecture. Merci à Béatrice Lefevre qui m'a recommandé de lire ce roman en me laissant son exemplaire lors de sa dernière visite chez nous.