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Ce n'est pas un roman à dormir debout car c'est au lit, le soir, que je l'ai lu bien éveillé...
François, Éléonore et les autres...
Ces autres, tels que Camille, Antoine, Elsa, Ryan, Madeleine, Jacques, Nathalie ne sont pas que des seconds rôles, quelques faire-valoir... mais des personnages débordants d'humanité à travers ce qu'elle comporte de bon, de généreux mais aussi d'insuffisant et de maladresses.
C'est une histoire d'amour avec ce qu'elle comporte, d'embrasements, de tourments, de douleurs, de rémissions, de colères mais aussi d'abnégations.
François quarantenaire, comédien chevronné jouant sur les scènes les plus renommées du théâtre parisien, a quitté son épouse et égérie Isabelle pour s'enticher de la sémillante Eléonore de 20 ans plus jeune que lui.
Citadin dans l'âme, très in, imbu de sa personne, il circule en scooter. La vie lui sourit, jusqu'au jour de l'accident... pressé, il a brusquement changé de file et refusé la priorité à un bus qui l'a percuté...
Au fil des 60 chapitres, nous suivons leur relation aussi tumultueuse que passionnelle à partir de deux modules s'alternant : Le module Eléonore - le module François dont les contenus : actions et sentiments, se chevauchent se complètent, se prolongent à la suite les uns et des autres, nous livrant deux versions de ressentis différents ou complémentaires d'un même événement.
Ainsi dans le sillage d'Eléonore nous vivons les visites à l'hôpital, puis en centre de rééducation à Garches où s'alternent désespoirs, colères, renoncements, entrecoupés de moments d'apaisement où l'humour vient compenser les instants de douleurs, de l'inacceptable et de l'ineffable résignation. Une violence que la jeune femme n'était pas prête à partager et qu'elle subit dès ses premières visites... adieu amour rêvé, adieu les douces étreintes, adieu les tendres embrassades, adieu les déchainements de sensualité, adieu aux torrides rapprochements des corps... Est-il un avenir pour ce couple brisé par un banal accident de la route ?
Pourtant Eléonore ne capitule pas, au contraire, elle s'attache encore plus vivement à ce compagnon privé de l'usage de ses jambes qui croit qu'à jamais, sa vie est foutue, sa carrière définitivement compromise, ses appétits rendus caduques. Lui, ce grand acteur aujourd'hui sans futur.
Bien sûr, la vie d'Eléonore est à son tour impactée par le renoncement de son compagnon. C'est un chemin de croix qu'ils vont devoir parcourir ensemble avec les hauts des rémissions passagères et les bas fracassants ponctués d'amertume, de silences insoutenables, de propos incisifs et blessants qu'on voudrait ne jamais avoir tenus, de pleurs étouffées, d'actes insensés et de découragement redondants. La blessure sans lumière est plaie des jours sans avenir...
Vient celui de la sortie et la découverte de leur nouvel appartement en banlieue ... "Clos des Hortensias"...
François : ... c'est pire que ce que j'imaginais. Dans les ruelles voisines, quelques maisons fermées par des portails, et d'autres immeubles, plus petits, moins misérables que le notre. Eux, au moins ont des balcons. Un cabinet d'esthétique, et rien d'autre. Pas un café, pas un restaurant. Pas de vie.
C'est Eléonore qui a trouvé cet appartement sans charme qui n'a que l'avantage d'être au rez-de-chaussée, facilitant ainsi l'accès pour les personnes en fauteuil... Mais que de jours gris auront-ils à vivre ici où l'amour, la passion, l'envie de progresser ne peuvent que s'étioler... pourtant, il en restera des souvenirs inspirants pour Eléonore...
François et elle feront des efforts pour s'adapter à cette vie sinistre mais cela passera immanquablement par des épisodes tumultueux, des accès de crises, de débordements, d'amertume et même de colère sourde. Vivre à deux n'est jamais simple surtout quand l'autonomie de l'un dépend de la disponibilité et du bon gré de l'autre...
"L'enfer c'est les autres..." mais soi-même également...
Ce couple d'amoureux à l'amour maintenant abimé, retrouvera-t-il la lumière, la joie de partager de bons moments d'existence, au-delà des efforts, des concessions, des implorations et des pardons non dits mais consentis ?
Il faut lire ce roman qui vous fera aussi voyager pour s'imprégner de cette quête qui défie l'indicible souffrance et que n'épargnent pas les ruminations intérieures, surtout quand les moments de mauvaise humeur s'inversent, quand on doit vivre le mal-être de l'autre à travers le sien...
...Le soleil est toujours présent derrière les montagnes de nuages....