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Le Mirebalais Indépendant

Bienvenue à Mirebeau en Poitou.

"Le Passé m’est tellement Présent à l’esprit, qu’ici, il s’offre un Avenir… "
Parole de Farfadet.


Publié le par FARFADET 86
Publié dans : #Patrimoine

Charroux-blasonCette fin du Xème siècle est marquée par les œuvres guerrières des seigneurs belligérants, des envahisseurs Normands et Hongrois qui mettent à mal les restes de l’Etat Carolingien, infligeant aux populations d’innommables sévices, massacrant, violant, et pillant.

La guerre est la priorité pour tous ces seigneurs petits ou puissants, une raison d’être et d’agir pour estimer sa valeur, au cours de combats à répétitions, entre châtellenies voisines …

Dans ce tumulte né de l’avidité de prouesses autant que de biens, les paysans, les clercs, tous ceux qui ne portent pas d’armes, ont à endurer les saccages, les incendies, les maltraitances de toutes sortes, les exécutions sommaires et sauvages.

A l’aristocrate, le droit de faire parler les armes sans aucune retenue, d’imposer force plus que courage, sans avoir à subir d’autres représailles que celles de ses ennemis… De ceux-ci, protégés par les hauts murs de leurs châteaux, hébergeant et entretenant des hordes guerrières assoiffées de sang et de butin, ces seigneurs, à chacune de leurs incursions en domaines étrangers, accomplissent leurs forfaitures, n’ayant de compte à rendre ni à Dieu ni à diable… Quant à leurs soudards, eux, ne renoncent jamais à perpétrer leurs saccages et leurs meurtres jusque dans les églises où, fuyant terres et hameaux, les populations assaillies, viennent se réfugier …   

 

Dans un tel climat de violence et de désordre, l’autorité ecclésiastique du moment entrevoit la nécessité de réglementer ces combats incessants afin d’atténuer les actes de barbaries qui en résultent…

 

De la cartographie de l’époque il convient de se représenter ce qu’était la province Aquitaine née de la civilisation Romaine en Gaule, par autorité de l’empereur Auguste, entre l’an 13 et 16  avant J.C. Gallia Aquitanica est alors une région importante qui couvre l’ensemble des territoires s’étendant entre la Loire et les Pyrénées dont, à l’origine, Saintes est la capitale puis, au IIème siècle, Poitiers. En 297 Dioclétien scinda cette vaste province en Aquitaine Première, ayant Bourges pour capitale et Aquitaine Seconde dont Bordeaux devient la capitale au détriment de Poitiers.  

Les subdivisions existantes, telles que les Civitas, donnent naissance aux diocèses tandis que les Provincias les regroupant, deviennent archevêchés. Cela ne va pas sans engendrer quelques tensions entres certains épiscopats et leur tutelle au niveau de l’archevêché quant aux revendications d’autorité sur certains diocèses.

Au moment du concile de Charroux, l’archevêque de Bordeaux considère que tous les évêques rassemblés là, le sont sous sa férule … 

 

Quelles raisons font que Charroux est choisi comme lieu où doit se dérouler ce Concile ?

File1374.jpgEn premier lieu, le contexte qui fait que depuis l’an 975, les guerres entre Géraud, Vicomte de Limoges et Boson-le-Vieux Comte de la Marche ont mis à mal la région, maltraitant, par le fait, les populations environnantes. Il fallu l’arbitrage de Guillaume Fierebrace, Comte de Poitou et Duc D’Aquitaine, favorable au parti de Limoges, pour venir à bout des prétentions de Boson-Le-Vieux …

Mais, la raison déterminante qui élit Charroux pour cet événement exceptionnel, tient à l’importance de l’abbaye et au rayonnement qu’elle exerce, déjà à cette époque, sur le monde Chrétien. (Lire l’article sur le blog : « Charroux et sa tour Charlemagne ») 

En outre L’abbaye de Charroux détient des reliques prestigieuses, tel un fragment de la Sainte Croix,  qui attirent de nombreux pèlerins lesquels, en route vers Compostelle, n’hésitent pas à quitter la voie romaine désignée comme Via Turonensis pour, depuis Saint Benoît, gagner Charroux par le Villedieu et Gençay. Les dons faits par ces pèlerins à L’abbaye en augmentent la richesse et par conséquent sa prépondérance sur bien d’autres centres ecclésiastiques.

Ainsi, à la fin du mois de Mai de l’an 989, les évêques de l’Aquitaine Seconde se rassemblent à Charroux  sous la présidence de l’Archevêque de Bordeaux.

 

Le texte du Concile ( traduction) : 

« Au nom de Notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, confortés par les décisions synodales de nos prédécesseurs, moi, Gombaud, archevêque de l’Aquitaine Seconde, et tous les évêques de la province, nous nous sommes réunis aux calendes de Juin dans l’abbaye qui depuis longtemps est appelée Charroux. Tant les évêques que les religieux, les clercs et aussi les fidèles de l’un et l’autre sexe, nous avons  imploré l’assistance de la bonté divine, afin que, nous qui savons combien la longue attente  de ce concile a vu pulluler  chez nous de funestes mœurs, nous nous attachions, avec l’aide de la Grâce d’En-Haut, à extirper ce qui est nuisible et à planter ce qui est utile. Nous donc, spécialement réunis au nom de Dieu, nous avons décrété ce qui a été exprimé en clair ainsi :

-          Anathème contre les violeurs d’églises. Si quelqu’un a violé une église sainte ou a pris quelque chose par la force, à moins qu’il ne soit venu à réparation, qu’il soit anathème.

-          Anathème contre les détrousseurs des pauvres.  Si quelqu’un a dérobé à des paysans ou à d’autres pauvres, brebis, ou bœuf, ou âne, ou vache, ou chèvre, ou porc, sauf faute de leur part, et s’il a négligé de faire réparation totale, qu’il soit anathème.

-          Anathème contre ceux qui brutalisent les clercs. Si quelqu’un a capturé ou frappé un prêtre, un diacre ou quelque autre clerc, qui ne portait pas d’armes telles que bouclier, épée, cuirasse, casque, mais qui se déplaçait simplement ou demeurait chez lui, sauf si une enquête de son propre évêque  révèle que la victime a commis quelque délit, que ce personnage, sacrilège soit tenu, s’il n’est pas venu à satisfaction, comme banni, à l’écart du seuil de la sainte église de Dieu. 

Moi, Gombaud, archevêque de Bordeaux, j’ai souscrit.

Moi, Gilbert, évêque de Poitiers, j’ai Souscrit.

Moi, Hildegaire, évêque de Limoges, j’ai souscrit.

Moi Frotier, évêque de Périgueux, j’ai souscrit.

Moi, Abbon, évêque de Saintes, j’ai souscrit.

Moi, Hugues, évêque d’Angoulême, j’ai souscrit.

 

Ce texte relativement court suscite quelques commentaires …

Dans le préambule, on remarque qu’en premier lieu, sont évoqués les idéaux antérieurement formulés par les évêques  pour le maintien de la paix à l’intérieur de l’Empire Carolingien et que guerres ne soient soutenues que pour résister aux invasions  des Normands, Sarrazins et autres, Hongrois.  Il convient de mentionner que l’archevêque de Reims, Hincmar (845-882) réclamait la protection des non belligérants, des clercs et des pauvres, premières victimes de toutes ces guerres privées, de même l’avait ainsi exprimé, Guy d’Anjou évêque du Puy en Velay (975-996)

Quant à la longue attente de ce concile, dont il est également fait mention dans ce texte, il semblerait que Guillaume Fierebrace, quatrième Duc d’Aquitaine est, à ce moment en difficulté avec les autorités ecclésiastiques lesquelles n’approuvent pas sa liaison avec une jeune femme de la famille du Vicomte de Thouars et en conséquence, une rivalité féminine mettant en cause, la duchesse d’Aquitaine. Concile ne pouvant se tenir sans l’approbation du Duc, il fallut attendre que cesse ce conflit entre femmes ce qui arriva finalement au cours de l’hiver 988/989.  

 

Concile ou  Synode ?

A Charroux en 989, le mot concile est bien employé mais, par rapport au sens qu’on lui attribue aujourd’hui, comme par exemple, les conciles œcuméniques, ceux-ci, n’étant  convoqués que par le Pape, il faut préciser qu’au Moyen Âge, les synodes provinciaux étaient aussi désignés comme conciles. S’ajoutent à ces considérations que le peuple du Poitou et des régions voisines a aussi pris part à l’événement. En raison des carences de l’autorité civile qui ne répondait à aucune de leurs doléances, face aux calamités des guerres, ces personnes se sentant abandonnées, se tournèrent alors vers les autorités ecclésiastiques pour qu’enfin, on prenne en considération leur demande de protection.  

 

File1376.jpgAnathème du grec anathema  signifiant malédiction avait, dans le langage de l’église, pris le sens d’excommunication. Celui qui avait à en subir l’injonction, était rejeté de l’assemblée des fidèles avec toutes les conséquences sociales et religieuses que cela comportait à cette époque.

Certes, pour nombre de personnages jouissant de la puissance liées aux richesses, ayant droit d’ost et disposant d’un titre seigneurial, cette forme de bannissement pouvait sembler dérisoire et impropre à l’empêcher de poursuivre ses hostilités ravageuses et criminelles. Néanmoins, elle portait le discrédit sur l’honorabilité de sa personne et donc le mettait en fâcheuse posture lorsque d’autres seigneurs se ralliaient sous la bannière de l’Eglise pour lui signifier son inconduite.

 

Les répercussions du concile de Charroux :

Le retentissement de cette assemblée d’évêques se posant en défenseurs, non seulement de la foi mais aussi du sort des populations, fit des émules et d’autres conciles se déroulèrent toujours sous la houlette des évêques, sur l’ensemble du territoire ; ainsi à Narbonne, à Saint-Paulien près du Puy, à Anse près de Lyon et à Limoges, ces conciles sont connus sous l’appellation de Paix des Evêques.

Cette engouement pour l’amélioration du sort des populations sous l’égide de la foi chrétienne va atteindre également les plus hauts dignitaires à la tête des provinces ainsi, en 1014, le 13 Janvier, jour de la Saint Hilaire, le duc d’Aquitaine, Guillaume V le grand, va présider lui même le premier concile de Poitiers et ordonne à ses seigneurs laïques d’y assister auprès des clercs et évêques des villes de Bordeaux, Saintes, Angoulême, Limoges et Poitiers. A cette occasion, ce ne sont pas seulement les affaires et biens de l’Eglise qui sont évoqués mais également ce qui touche au domaine civil quand on porte atteinte aux biens des personnes laïques. Il est décrété que les conflits entre seigneur dépendront désormais d’une juridiction laïque. Sont ainsi établis, pour la première fois, des décrets de paix civile.

 

Ainsi par ces effets, le concile de Charroux est bien celui qui a posé les premiers jalons de ce que l’on nommera par la suite, Paix de Dieu.

 

Quelques années plus tard, un florilège de mesures en faveur de cette Paix divine, fit son apparition. Mesures connues le plus souvent à travers la réglementation qu’imposait la Trêve de Dieu (Concile de Toulouges en Roussillon en 1027 – Concile de Limoges en 1031 – Concile de Nice en 1041) Ce mouvement s’étendit peu à peu à toute l’Europe.

 

La Trêve de Dieu intervenant dans la conduite des pratiques guerrières atteint alors les mentalités jusque dans les rangs de la soldatesque. C’est ainsi, qu’à travers la Chevalerie, se fit jour un ordre nouveau, où l’empêtrant, prononçant ses vœux de fidélité à Dieu, à son roi et à son seigneur, s’engageait du même coup à défendre toutes causes nobles, accordant également soutien et protection aux faibles de tous les niveaux de la société médiévale. 

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Profil


FARFADET 86
Sexe : Homme
À propos : Retraités depuis janvier 2005, avec mon épouse, nous étions accompagnateurs de personnes handicapées mentales, ceci pendant 40 ans, dans un Foyer de Vie, en Haute Normandie.

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