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Le Mirebalais Indépendant

La Vie d'ici et d'ailleurs - Patrimoine : d'hier à aujourd'hui, un monde riche de son passé, a forcément un Avenir ...

Publié le par FARFADET 86
Publié dans : #Portraits
Ma Mère aurait 100 ans aujourd’hui … 
Germaine Adolphine Moreau est née le 18 Octobre 1908 à Aubervilliers, son père avait 15 ans et sa mère 16 ans …

Bien que je garde de ma mère, un souvenir impérissable, sa vie est pour moi, auréolée de mystères …
Je n’avais que 18 ans quand elle est décédée, encore jeune, dans sa 54ième année et je venais juste d’entamer mon service militaire… Ma première permission fut pour aller à son inhumation … Fête des Mères

Ne restaient que les souvenirs de mon enfance encadrés par les boucles brunes de ma mère, son parfum délicat et le chaud de sa voix … Elle est partie avec une bonne part de mystère sur la tranche d’existence, avant qu’elle soit ma mère …

Etant le seul enfant qu’elle ait eu, sur le « tard » à 35 ans, je ne savais pratiquement rien de sa vie de jeune fille puis de sa vie de jeune femme … Ses secrets, sans doute lourds à porter et qu’elle a certainement volontairement effacés pour les oublier, elle les a emmenés avec elle, dans l’au-delà … Peut-être, qu’à mon retour du régiment, elle m’aurait révélé certaines anecdotes de sa vie avant ma naissance… En réalité, j’étais encore un gamin quand je suis parti pour l’armée et sans doute pas assez mûr pour recevoir ses confidences. La seule chose que je savais c’est que sa mère, ma grand-mère maternelle donc, l’a eu tôt, s'étant retrouvé enceinte, à 15 ans, d’un jeune-homme adolescent comme elle. Ainsi ma mère avait des parents très jeunes. De ma grand-mère, sa mère elle ne m’a rien dit de plus, et ne répondait que de façon très évasive à mes questions sur le sujet, me faisant comprendre qu’elle ne la voyait plus ni ne comptait la revoir … premier mystère … pourquoi ?  Quant à mon grand-père, son père, il est mort jeune, des suites de ses blessures au front, pendant la première grande guerre et sans doute de maladie nosocomiale à l’hôpital militaire auxiliaire de Saint Denis, le 4 Novembre 1918 …

Ainsi fut, que de ma mère, je n’ai connu que ce que nous avons pu échanger ensemble d’affection car elle m’a entouré de beaucoup de tendresse et de soins, s’est toujours montrée attentive à mon éducation, suppléant l’autorité de mon père auquel elle vouait un amour sans limite et sans doute passionné …
J’ai eu la chance d’avoir des parents qui s’aimaient et s’appréciaient, de bénéficier de cet entourage à la fois protecteur et formateur dans un climat familial sain et surtout joyeux  mais hélas, trop court, s’agissant de la présence de ma mère …

Mais Qui était-elle vraiment ?

Nous venions juste d’arriver à Mirebeau comme retraités, quand, au mois de janvier 2005, je reçois la lettre d’une personne inconnue de moi, lettre qui, avant de me parvenir, était passé en Normandie où nous étions, précédemment, en activité …
Relisant cette lettre à plusieurs reprise, ce fut pour moi un choc, car elle m’était envoyée par une cousine de quatre ans mon aînée et dont les écrits me révèlent que ma mère avait une sœur, la mère de cette cousine, une tante donc, toujours en vie et maintenant âgée de 92 ans…
Moi, je ne savais pas que ma mère avait une sœur… je tombe des nues …  Je réponds aussitôt à cette cousine avec laquelle, nous faisons connaissance lors de sa visite, ici, chez nous, en Eté 2005. Je me souviens encore du choc que ce fut pour moi quand elle apparut sur le seuil de notre porte, j’étais stupéfait par la ressemblance avec ma mère : même taille, même chevelure, très brune, même yeux noisettes,  même visage rond, aux douces fossettes …
A l’occasion de cette rencontre, j’apprends qu’elles étaient trois sœurs : ma mère qui était l’ainée, puis la cadette née en 1912 et décédée toute jeune enfant à l’âge de trois ans  et demi, prénommée Suzanne, puis la benjamine, la mère de ma cousine, du nom de Marcelle née en 1913 … Ma cousine me montre alors des photos de ma tante et bien sûr la ressemblance avec ma mère est flagrante… Mon Dieu !
Pourquoi ma mère ne m’a jamais révélé qu'elle avait des sœurs ?... que cache ce lourd et long silence à ce sujet … C’est quelque peu douloureux … la guerre bien sûr, et les malheurs qui en résultent, brisant, déchirant les familles !… Un nouveau mystère s’ajoute au précédent…
Et tout à coup un éclair me vient ; ma mère se faisait toujours appeler Suzanne alors que par son identité elle se prénomme Germaine … Est-ce en souvenir de cette sœur qu’elle a connue  et qui avait quitté ce monde dans la petite enfance ?... 

Mais le plus grave de ces révélations que me fait la cousine, documents à l’appui, tient au fait que les deux sœurs de ma mère ont été placées à l’assistance publique tout au début de la guerre. En Décembre 1915, Lucien mon grand père obtient une permission et se marie avec Amandine, ma grand-mère maternelle donc. En même temps, il reconnait officiellement les trois filles qu’ils ont eu ensemble… Remise par la cousine, je possède une photocopie de l’acte de ce mariage écrit sur deux pages du registre et comportant également la mention officielle de reconnaissance des trois enfants…
Hélas ma grand-mère, simple journalière, comme beaucoup de petites gens pendant cette grande guerre, se trouve dans une misère noire et ses deux filles ne lui sont pas restituées, le temps que Lucien reste au front… pire, on ne corrigera pas leur identité quant à leur patronyme, ainsi, les deux fillettes garderont le nom de leur mère. Au début de l’année 1916, Suzanne  décède  dans sa quatrième année. En 1917 Lucien gravement blessé au front, est transféré à l’hôpital militaire auxiliaire de Saint Denis où il décédera un an plus tard… Marcelle restera à l’assistance publique.   Ma Grand-mère maternelle n’a conservé que la garde de son aînée, ma mère …  Ces malheurs de ma grande famille maternelle constituent là, un troisième mystère.  

Au début de l’année 2006, ma cousine qui effectue des recherches sur sa famille vient à découvrir l’existence d’une autre cousine. Cette dernière vient alors, à me contacter au téléphone. Elle porte le nom de famille de jeune fille de ma mère et m’apprend qu’elle est la fille d’un frère de ma mère né M... en 1919 … Ce dernier, décédé il y a environ une dizaine d’année, avait connu ma mère, sa sœur ainée et longtemps après, il se souvenait encore d’elle … D’après cette cousine, il avait  4 ou 5 ans quand ma mère a quitté le domicile familial au milieu des années « 20 ». Elle n’était pas encore majeure… Après le décès de Lucien son mari, ma grand-mère Amandine, va connaître un autre homme et vivre en concubinage avec lui. C’est un commerçant d’Aubervilliers, boucher de son métier et patron de son affaire.  Prenant ma grand-mère et sa fille aînée, ma mère, sous son toit, il sort l’une et l’autre d’une existence misérable. Tout cela je l’apprends de cette deuxième cousine par conversation téléphonique puis par quelques échanges épistolaires… Cette dernière qui habite Aubervilliers, étant à la retraite au cours de l’année 2006, me dit qu’elle va déménager et habiter le sud de la France. Ce qu’elle a fait mais, depuis nous avons perdu le contact …

Si je résume, l’enfance de ma mère, laquelle, ne m’en avait jamais rien dit, se passe dans des conditions difficiles jusqu’à la fin de la guerre. Au début des années « 20 » elle doit sans doute profiter d’une existence plus confortable et même recevoir une bonne instruction scolaire puisqu’elle obtient son brevet. Elle écrit magnifiquement et sans faire la moindre faute d’orthographe et est grande consommatrice
d’œuvres littéraires. Seul ombre à ce tableau : ses sœurs qu’elle a dû connaître et qui, elles, sont restées pupilles de la nation, la cadette n’ayant pas survécu …

Il semble qu’à l’âge de 16-17 ans, ma mère quitte le foyer familial protecteur… Pour quelle raison ? À la suite de quoi ? Quel événement l’a ainsi poussé à se jeter dans la rue ? Mystère, une fois de plus… On peut supposer pas mal de choses. Dans des bribes de conversations que ma mère avait avec mon père, à propos de souvenirs qu’elle évoquait avec beaucoup de parcimonie, je l’avais entendu parler d’un oncle qui était peu respectueux envers elle et aussi, de disputes qu’elle avait fréquemment avec sa mère de seulement 16 ans son aînée … L’oncle en question,  n’était-ce pas le concubin de ma grand-mère ?

Ainsi sommes-nous arrivés aux années «24-25» C’est semble-t-il à cette époque que ma mère prends son avenir en main…  Avec quelles ressources s’en sort-elle ? Quelle activité lui permet de gagner sa vie ? Mystère … une fois encore !…

Quand elle connaîtra mon père quelques 18 années plus tard, elle est propriétaire d’un appartement à Paris dans le 17ième arrondissement, possède beau mobilier, bijoux et vêtements chics. C’est une Dame distinguée et cultivée qui fréquente les champs de courses et connaît pas mal de personnalités comme Eric Von Stroheim, Pierre Frenet, elle est également ami avec Roger Poincelet, Jockey dont la renommée s’amorce justement, à la fin des années « 30 » … Voilà qui constitue un énième mystère …

Je n'ai aucune photo de ma mère enfant et jeune fille.
Photo du haut : une photo d'identité de ma mère à la fin des années "30"
Photo ci-contre : Dans ces mêmes années "30" ma mère à Longchamps.


A suivre : Les années « 40 »
Arbre généalogique de ma mère Germaine Adolphine Moreau.

Arbre généalogique de ma mère Germaine Adolphine Moreau.

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B
ah les mystère concernant nos vieux parents !!! beaucoup de questions pour moi aussi avec Maman et Papa , ils ne parlaient que très peu de leur passé ! ma Maman était de 1907 et papa de 1893 ! <br /> merci farfadet .
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C
Bonjour, je viens de lire tout-à-fait par hasard la 1ere partie de cette histoire. Que des secrets et découvertes. Cela ressemble un peu à la mienne du côté de mon papa. Sur cette 1ere partie il semble qu'elle ai fait ou rencontré les personnes qui lui ont permis de subvenir largement à ses besoins. Peut-être qu'un jour je pourrai lire la suite............. à bientôt peut-être.
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F
Bonjour Christine,<br /> <br /> Merci de votre passage et de votre commentaire...<br /> <br /> Pour lire la suite il y a un lien au bas de chaque article après : à suivre... il suffit de cliquer dessus et vous arrivez sur l'article suivant ... et ainsi de suite à la fin de chaque article.<br /> <br /> Au plaisir .
D
Waouh...ce sont ces histoires de vie d'antan, ces personnages à qui nous devons tout, nous, les enfants "modernes". Dommage qu'ils aient trop souvent emporté leurs secrets avec eux...Quel personnage! Digne d'un roman! Bisoussssssss
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G
C'est passionnant de lire tes billets.Quel choc d'apprendre que ta mère ait caché l'existence de sa soeur mais elle devait avoir de bonnes raisons.Dans toutes les familles, il y a des secrets , j'en ai découvert en faisant la généalogie de mes ancetres et du coup j'ai arrêté mes recherches. Bonne soirée et merci pour ta visite. Bises Patrice
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J
BonjourJe comprends ton interrogation...En ces temps un cousin qui a fait un grand travaille de recherche sur la famille du coté de ma mère vient de m'envoyer cela, ils venaient d'Italie....Du coté de mon père, pourquoi en 1818 un jeune homme allemand est venu en france, chez un artisan parisien, laissant sa mère dans le fin fond de l'allemagne ? Ces personnes ont lutté, vécu, sont décédées...mais c'est notre famille, avec ses mystères !SincèrementJean
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J
Les histoires de famille sont souvent assez troubles, surtout lorsqu'on fouille un peu..je voulais te rendre une petite visite, je t'ai un peu délaissé ces derniers temps, mais j'ai beaucoup voyagé, et fait tellement de choses.;j'espère que tu me pardonneras..bisous :0010:
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N
Quel bel hommage à votre mère, les photos sont très touchantes.A cette époque il est vrai que l'on ne parlait pas. Rien n'était évoqué comme aujourd'hui lorsqu'il y avait le moindre secret de famille. Ma mère est née en 1918, elle est partie depuis longtemps et je partage avec vous, le souvenir d'une mère très aimante.Amicalement, Nadine
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M
Bonsoir Patrice ;-)Curieusement et rétrospectivement, de manière ou d'une autre, il arrive que l'on éprouve le  besoin de  parler de son passé, sa famille, de certaines personnes proches  ou non, qui ont jalonnées notre existence.Tu le fais avec délicatesse, pudeur, tout en laissant poindre cette frustration quant à ces zônes d'ombre. Lourds parfois sont à porter certains secrets.Le plus important cependant est le souvenir affectueux et heureux que tu conserves de ta maman, cela n'a pas de prix.Merci pour cet hommage mon ami à une maman,  qui, elle, sait si bien vous comprendre et calmer vos tourments.Bonne soirée toâ, et bises aux farfadets.  :-)))Amitiés.
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Q
Ce n'est pas toujours facile de se reconstituer un passé...Tu as commencé un puzzle. Je te souhaite d'y arriver.
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M
Une bien belle histoire, Patrice, et des souvenirs tels la Madeleine de Proust, et des mystères qui demeureront toujours. J'avais écrit ceci sur ma mère, elle aussi décédée. http://www.des-petits-rien.com/article-21925326.htmlBonne journée à toi. :0010:
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G
C'est toujours important d'évoquer ses parents, merci pour ce texte.Guignol et madelon ont apprécié le texte sur les "dragons"Un vieux proverbe Chinois ou Beauceron va savoir dit:Il y a toujours quelque cjhose de vrai dans les histoires de dragons . G.
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Z
Amatrice de généalogie, tu narres à merveille le passé.Le lecteur est lui-même enveloppé par le mystère qui entoure cette femme qu'est ta mère
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M
il est des vies qui comme celle de ta maman ont le besoin du secret, les moments durs qui l'ont jalonné lui ont laissé le bonheur dans l'amour de toi et de ton papa, le meilleur en somme .on pourrait remplir les vides par l'imaginaire, en faire un conte de fée ou un thriller ... mais tu vas de découvertes en découvertes et comme un puzzle tu reconstruis pièce après pièce  sa vraie histoire, qui précède la tienne ... je suis curieuse du reste !
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L
Coucou !bisous !
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Profil


FARFADET 86
Sexe : Homme
À propos : Retraités à Mirebeau* (Vienne), depuis janvier 2005, avec mon épouse, nous étions accompagnateurs de personnes handicapées mentales, ceci pendant 40 ans, dans un Foyer de Vie, en Haute Normandie.

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