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Le Mirebalais Indépendant

Bienvenue à Mirebeau en Poitou.

"Le Passé m’est tellement Présent à l’esprit, qu’ici, il s’offre un Avenir… "
Parole de Farfadet.


Publié le par FARFADET 86
Publié dans : #Des Bergers et des Rois ...
Lesparre en Médoc - Le garage cours Gl de Gaulle .Lesparre en Médoc - Le garage cours Gl de Gaulle .

Lesparre en Médoc - Le garage cours Gl de Gaulle .

Ma Mère, merveilleuse inconnue, tant aimée... -3 -

De Lesparre à Saint Léger...

Changement de latitude, changement de décor, dans ce coin, au nord de la Gironde  entre Pointe Grave et Côtes de Blaye, le Médoc étend ses vagues de vignes sur de douces collines. Le paysage, s’il sied à ma mère, la mentalité du cru, elle, lui occasionnera quelques blessures … Mes parents arrivent là-bas comme des « esstranndgers » des concurrents venus de la capitale se greffant au commerce local… la curiosité fait vite place à la suspicion puis à la jalousie…
En été 1951, mes parents ont effectivement acheté un garage de réparation automobile sis Cours Général de Gaulle à Lesparre. Mon père qui s’est toujours intéressé à la mécanique auto connaît sans doute les bases du métier mais, par prudence, il s’adjoint un ouvrier spécialisé et embauche aussi un  jeune apprenti. Ma mère s’occupe de la partie administrative de l’entreprise : tenue à jours des registres de commandes en fournitures et pièces détachées, de facturations,  comptabilité, etc. Elle sert aussi l’essence aux clients puisque le garage possède un distributeur, pompe à levier qui débite le carburant de la marque au coquillage, par quantité de 5 litres…
Vous pensez bien que dans cet univers automobile moi, gamin de 7 ans, je m’y complais et vais souvent traîner dans le garage, circulant entre les guimbardes au capot levé, bien tenté de mettre mes petites mimines dans le cambouis malgré les récriminations de ma mère…
Dans un premier temps, mon père conserve la clientèle d’habitués du garage repris à un M. G. parti en retraite… Mais il y a pas mal de mauvais payeurs qu’il faut solliciter régulièrement et parfois entamer à leur encontre, une procédure judiciaire… Mon père plus commerçant que mécano, en tant que patron, se lance dans l’achat et la revente de véhicules d’occasions. Au début de ces années « 50 »  on est encore dans les lendemains de guerre et l’automobile, si elle demeure encore un luxe, devient de plus en plus indispensable à la vie moderne. Bon nombre d’artisans et de commerçants ont besoin d’une voiture. Le marché d’occasions est une bonne alternative par rapport à celui des véhicules neufs, beaucoup plus couteux et exigeant souvent de longs délais de livraisons pour obtenir le modèle souhaité. Le problème c’est que, sur ce marché de l’occasion, il y a surtout des véhicules d’avant guerre qui ont déjà pas mal circulé et qui sont plus ou moins bien entretenus ; pour les qualifier, le mot guimbarde n’est pas surfait … Qu’à cela ne tienne, mon père ayant le garage à disposition, la remise en état de vieilles autos n’est pas un problème… Pendant deux années, pour nos déplacements  nous ne garderons jamais plus d’un mois la même voiture.  De la Chenard et Walker de 1926 à la Traction Rosengard coupé cabriolet, passant par  des Salmson , Renault Reinastella, B14 Citroën et autre Mathis, mes petites fesses se seront posées sur les banquettes arrières des plus vénérables autos …
Comme ça, il semble que l’affaire tourne rond, en fait il n’en est rien car il y a beaucoup de frais et de tracasseries occasionnées autant par ces mécaniques capricieuses que les acheteurs sollicitent parfois à l’extrême et qui donc, manifestent leur mécontentement quand les pannes à répétition se présentent… En fait ce n’est pas la majorité des clients mais certains, plus exigeants, se font vite procédurier ; voilà qui ralentit sérieusement les affaires du garage…

Stand de démonstration de la Barre Hercule

S’ajoute à cela que m’étant lié d’amitié avec le fils d’un garagiste concurrent, habitant un peu plus loin sur le même Cours, je réponds naïvement aux questions que les parents du petit ami en question ne manquent pas de me poser au sujet du passé professionnel de mon père. Et quand ils apprennent de ma bouche que mon père n’est pas de la partie, ayant fait commerce de systèmes de sécurité pour portes et serrures avant d’arriver à Lesparre, le bruit court vite dans la localité qu’au garage L., le nouveau patron est incompétent en matière de mécanique automobile…
Je me souviens encore de l’air horrifié de ma mère quand je lui ai répété ce que j’avais raconté à nos concurrents directs…
Mes parents se démènent tant et plus, pour que l’entreprise ne tourne pas à la faillite.  Pourtant, en Été 1953, la décision est prise : ils vont revendre le garage... Ils trouvent repreneur dans l’année, et en été 1954, le garage est vendu …
L’année scolaire 1953-1954, je la fais comme pensionnaire à Saint Thomas d’Aquin car, entre temps,  mon père a retrouvé un de ses anciens collègues VRP, un certain Fe. qui circule en grosse voiture américaine et qui fait la vente d’économiseurs d’essence pour auto à Châtellerault… Au cours de cette année là, mes parents vont donc habiter cette sous-préfecture du département de la Vienne, laissant le garage de Lesparre, en gérance à Georges le mécano chef jusqu’à la passation aux repreneurs en Été « 54 »
De cette période, j’ai toujours en mémoire les expressions graves du visage de ma mère quand elle devait faire front à toutes ces déconvenues et aussi ses larmes à chaque fois que nous nous quittions les dimanches soir quand, après leur passage où ils me sortaient, mes parents  repartaient à Châtellerault.
Ils avaient bien quelques relations à Lesparre mais ça se limitait à peu de personnes. Ceux avec lesquels, ils s’éraient liés d’amitié, c’était les Fo. avocats habitant à deux pâtés de maisons du garage sur le Cours Général de Gaulle. Avec eux, mes parents ont fait pas mal de sorties restaurant ; j’aimais bien, quand il m’arrivait de faire partie de ces sorties, il y avait de l’ambiance et l’humeur était toujours joyeuse. J’adorais quand ma mère partait dans de grands éclats de rire… cela lui faisait certainement du bien …

 L'institution Saint Thomas d'Aquin  (Photos prises lors d'un "pèlérinage" en Eté 1998).

L'institution Saint Thomas d'Aquin (Photos prises lors d'un "pèlérinage" en Eté 1998).

Saint Thomas d'Aquin

Cette institution libre d’obédience catholique était dirigée par un couple civil les « M. » assisté d’un jeune instituteur M. C. C’était très familial. Au total nous n’étions qu’une quarantaine de pensionnaires sur un ensemble d’environ 90 élèves du primaire … Pour l’hébergement de nuit, il y avait deux dortoirs : un grand, de 30 lits environ, et un petit, d’une douzaine de lits … Les sanitaires pour la toilette quotidienne était constitués d’une dizaine de lavabos alimentés en eau froide seulement … Les pièces étaient chauffées par de grands poêles à charbon … Il y avait quatre WC à l’étage et autant au rez-de-chaussée en plus de ceux sous le préau dans la cour de récréation …

Nous prenions les repas dans un seul grand réfectoire tout en longueur avec au centre, sur une seule rangée, un ensemble de tables et bancs accolés faisant face à la table des enseignants qui dominait, en bout.

Il y avait deux classes de 3 sections chacune : CP, CE1 CE2 et CM1, CM2 et Fin d’étude (jusqu’à 14 ans âge pour passer le certificat d’étude) La première, celle des « petits » était suivie et animé par M. C. et la seconde, celle des grands était conduite par M. M. le directeur de l’école …. Son épouse assurait l’intendance, l’économat et la direction de la cuisine assistée par une jeune cantinière…

Avant chaque cours on récitait le « Je vous Salue Marie » de même qu’un bénédicité avant chaque repas. Le soir avant de se coucher on disait le « Notre Père » 

Au réfectoire on prenait et on quittait le droit de parler au son de la clochette agitée par Mme M.

Je me doute, combien tout cela doit paraître très frustrant aux générations actuelles … Pourtant c’était du bien conventionnel tant pour le type des locaux que pour la discipline en vigueur, dans les pensionnats de cette époque.

Même si, au cours des premières semaines d’internat, ce type d’existence m’a été pénible du fait de la séparation avec ma famille, je conserve néanmoins un bon souvenir de cette école où les enseignants étaient d’excellents pédagogues sachant se faire respecter et aimer. Cette institution état marquée par son aspect familial chaleureux et l’autorité des maîtres était inspirée par les mêmes valeurs que celles soutenues chez nos parents.

Une anecdote : Comme mentionnée plus haut, nous n’avions pour faire notre toilette quotidienne que des lavabos avec eau froide … N’ayant ni douche ni baignoire pour des ablutions plus complètes, chaque samedi nous avions la grande toilette du bas : pieds et jambes, à faire dans une cuvette d’eau préalablement  chauffée dans de grosses lessiveuses en cuisine. Cela se déroulait dans la salle de classe des grands. Il faut savoir que les pupitres sont solidaires par rangées de 6 ou 8 places côte à côte. Ils sont constitués de la partie bureau, en plan incliné et de la partie banc solidaire de l’ensemble.  Pour ces ablutions du samedi soir, entre le souper et le coucher, nous nous mettions en slip, assis sur la partie écritoire et les pieds trempant dans la cuvette d’eau chaude posée sur le banc… Vous imaginez la scène :les quarante enfants ainsi installés. Cette grande toilette se faisait en deux temps savonnage et rinçage. Mme M. effectuait elle même pour chacun de nous, le changement d’eau tout en vérifiant que nous nous étions bien lavés … Toute une ambiance vous dis-je …

Un jour, j’avais dû savonner le dessus de mon pupitre autant que mes jambes si bien que soudain, j’ai glissé et suis tombé le derrière dans ma cuvette. Plouf ! … de l’eau partout, le slip complètement mouillé… je me retrouvais les yeux remplis de larmes avec la honte tenant aux conséquences de ma maladresse laquelle avait déclenché l’hilarité générale de mes petits copains…

Alors, qu’on ne me dise pas que j’ai été à l’école chez les culs bénis surtout !...

A Saint-Léger-La-Pallu , Mamère et Poppie qui fait la belle  avec en arrière plan la Panhard Dynamic familiale -  Mézigue sur sa bicyclette - et en cow-boy épris d'aventures... A Saint-Léger-La-Pallu , Mamère et Poppie qui fait la belle  avec en arrière plan la Panhard Dynamic familiale -  Mézigue sur sa bicyclette - et en cow-boy épris d'aventures... A Saint-Léger-La-Pallu , Mamère et Poppie qui fait la belle  avec en arrière plan la Panhard Dynamic familiale -  Mézigue sur sa bicyclette - et en cow-boy épris d'aventures...

A Saint-Léger-La-Pallu , Mamère et Poppie qui fait la belle avec en arrière plan la Panhard Dynamic familiale - Mézigue sur sa bicyclette - et en cow-boy épris d'aventures...

Saint-Léger-la-Pallu :
Au mois de juin 1954, ce sont les Fo., justement, qui m’ont conduit à Bordeaux et mis dans le train pour être récupéré par mes parents, en gare de Saint Saviol, non loin de Charroux où demeuraient ma tante et mon oncle…  Nous avions passé deux jours sur place avant de rejoindre notre nouveau logement, à Saint Léger la Palu dans le Nord Vienne.
Mon père avait mis un terme à sa collaboration avec Fe. et s’était lancé sur des opérations de prospection en campagne, y effectuant la vente de produits pour la santé du bétail…
Ma mère, citadine jusqu’à présent, se retrouvait à habiter une petite maison louée, sise à l’extrémité d’un petit village d’à peine 150 âmes, à l’orée d’un bois et en partie entourée de vignes… Quel dépaysement pour elle mais que de souvenirs heureux il me reste de cette année 54/55 passée en ce lieu !
Mon père partait très tôt le matin pour contacter ses clients à l’heure de la traite des vaches et revenait tard le soir pour la même raison. Parfois je ne le voyais pas de la journée…
C’est ma mère qui s’occupait de moi et je me souviens de cette merveilleuse année scolaire où je prenais du plaisir à apprendre dans la classe de M. M. à l’école communale des garçons à Marigny-Brizay. A cette école distante de 3 kilomètres, j’allais chaque jour, en bicyclette. Le midi je mangeais à la cantine bien sûr… Chaque soir à 17H, ma mère m’attendait devant la maison attentive et certainement angoissée de me savoir sur la route. Nous étions plusieurs gamins de St Léger à aller à l’école de Marigny-Brizay. Claude P., un grand de 14 ans, menait notre petit peloton, veillant à ce que nous ne commettions pas d’imprudence… il faut dire que sur cette petite route communale, il passait très peu d’autos, à cette époque …
Parvenu à la maison, après le goûter, je me mettais à faire mes devoirs puis à apprendre mes leçons, ma mère ne manquant jamais de superviser les premiers et de me faire réciter les secondes… Elle veillait à ce que mes écrits soient réalisés proprement, ne tolérant aucune faute d’orthographe, ne me lâchant pas tant que je n’avais pas corrigé ou rectifié, allant jusqu’à me faire réécrire le devoir mal rédigé ou bâclé…  C’est seulement après, que je pouvais me distraire et me livrer à mes jeux ou lire mes illustrés : « Pierrot » ou « l’Intrépide » … Ma mère m’encourageait aussi à lire les livres de la bibliothèque verte, dont à chaque visite à Charroux, je recevais quelques exemplaires, offerts par ma grand-mère. C’est ainsi que je me suis plongé avec délectation dans les récits épiques et aventures constituant les œuvres majeures d’Alexandre Dumas, de Jules Vernes et de Charles Dickens …
Les dimanches d’hiver assis auprès du feu de cheminée, la lecture constituait une chaude et réconfortante évasion …
Retour de l’été … Il me revient cette anecdote :
C'était un jour de gros orage, sans doute au mois de juin 55, un jeudi, car j’avais passé tout mon après-midi à jouer les "Davy Crockett" dans le petit bois d’acacias voisin. En fin d’après-midi, il faisait lourd et le ciel s’était obscurcit brusquement. Les coups de tonnerre se faisaient de plus en plus forts et les éclairs de plus en plus rapprochés. La pluie s’était mise à tomber vigoureusement. Mon père était en tournée et nous étions, ma mère et moi réfugiés dans la cuisine, notre chienne Poppie haletante, prostrée  sous l’étagère de l'évier. A chaque coup de tonnerre nous sursautions… Ma mère avait une peur bleue des orages et je n’étais guère plus faraud … Soudain, il y eut un coup sec, aussitôt suivi d’un grand fracas en échos dans le bois à côté et, en même temps, une gerbe d’étincelles jaillit du compteur électrique… Ma mère poussa un hurlement et nous sommes sortis en trombe de la maison pour rester sous la pluie battante, quelques pas plus loin, dans un champ, complètement affolés et hagards … La chienne nous avait suivi mais, au coup de tonnerre suivant, était retournée, comme un boulet de canon, se refugier sous son meuble dans la cuisine… Je ne saurais dire combien de temps nous sommes restés prostrés ma mère et moi, nous serrant l’un contre l’autre… sans doute plus d’une demi heure… le temps que l’orage s’éloigne … Nous étions trempés !... Quand mon père rentra dans la soirée et que nous lui avons conté cette aventure, je sais qu’il nous houspilla car nous étions bien plus en danger dehors qu’à l’intérieur de la maison. Quant aux étincelles du compteur électrique qui nous avaient tant effrayés, elles avaient, en fait, activé le disjoncteur ; nous n’avions rien à craindre …

Il y eut encore la fête de fin d’année scolaire avec la remise des prix, le jour du 14 Juillet. Au petit bal sous « parquet » monté dans la cour de l’école, je me souviens d’avoir dansé pour la première fois avec une grande fille d’au moins 13 ans, moi le gamin de 11 ans et de cela, j’étais très fier. Je sais aussi que j’ai rougi jusqu’aux extrémités de mes oreilles quand ma mère m’a fait cette réflexion : "Eh bien Patrice, on dirait que tu t’es trouvée une bien jolie petite amie"...  En fait, j’étais aussi fier qu’ému.    

Suite : l'arrivée à Mirebeau

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claudeleloire 11/09/2018 18:44

contrairement à moi, tu as beaucoup voyagé durant ta jeunesse ... et tu t'es adapté aux situations contre lesquelles tu ne pouvais rien ...
j'avais onze ans itou quand un petit ami m'a trouvée jolie ...
amitié .

claudeleloire 11/09/2018 18:44

contrairement à moi, tu as beaucoup voyagé durant ta jeunesse ... et tu t'es adapté aux situations contre lesquelles tu ne pouvais rien ...
j'avais onze ans itou quand un petit ami m'a trouvée jolie ...
amitié .

éliane roi 11/09/2018 17:40

Tu devrais te faire publier.

domi 11/09/2018 16:54

Tranche de vie, que de beaux souvenirs, qui témoignent déjà d'une autre époque, qui est la mienne aussi

Profil


FARFADET 86
Sexe : Homme
À propos : Retraités depuis janvier 2005, avec mon épouse, nous étions accompagnateurs de personnes handicapées mentales, ceci pendant 40 ans, dans un Foyer de Vie, en Haute Normandie.

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