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Je me souviens d'avoir lu Le théorème de de la chaussette instructif et vertueux et maintenant cet autre cas : "La théorie du bourdon", nous fait voler en zigzag avec onctuosité, humour grinçant et onirisme ; en conséquence, ça bourdonne grave dans le verger de nos pensées...
Et là, soudain je me réfère à deux tubes de la chanson française des années 80 : celle de Michel Sardou : "Je vole"... puis à celle de Jean-Jacques Goldman : "Envole-moi"...
Leurs titres restent en phase avec la thème du livre : le "vol" s'accordant ici avec émancipation : le droit ou l'envie de grandir mais aussi l'inverse le refus de quitter son enfance et les rêves dont elle se nourrit ...
Comment ne pas évoquer alors le syndrome de Peter Pan. Et, justement, Peter est le nom du personnage central de ce conte moderne ; il dispose d'un pouvoir extraordinaire celui de voler. S'élevant dans les airs et évoluant au-delà des nuages, il se fond alors dans l'ether bleuté du ciel.... De là, grandiose est sa vision qu'il a sur le monde...
L'enfance a des affects et des émotions qui lui sont propres, Peter n'échappe pas à cette règle car il est aussi amoureux d'Amandine, elle aussi dotée de pouvoir hors norme : elle dessine et peint à merveille au point que ses œuvres se transmutent en réalité et prennent vie.
Au milieu de ces deux attachants personnages, il y a Monsieur Virgule prêteur sur gages, à la fois briseur et créateur de rêves qui intrigue et attire Peter mais qu'Amandine déteste.
" Peter, comment es-tu encore capable de voler tout en pactisant avec Virgule ? .... J'ai une haine irréversible pour lui parce-que je t'aime .... On est encore jeunes et savoir qu'il se logera dans tes premières rides me dégoûte. Je ne peux pas envisager de vivre à côté de l'ombre de celui que j'aime. Car c'est en ça qu'il nous transforme : l'ombre de nous-mêmes. "
Au cours de cette lecture de 156 pages, cette fable onirique se déroule sur 30 chapitres courts, une succession de tableaux anecdotiques nous conte l'évolution de Peter qui, de la griserie procurée par les premiers vols en viendra à découvrir celui énigmatique du bourdon privé de ses ailes...
Mais au fil des pages nous sommes comme suspendus entre réalité et rêve entre le domaine du possible et celui de l'enchantement....
Qu'est-ce qui importe le plus : s’accommoder de la réalité ou s'accrocher à ses rêves ? Être une personne lambda ou un être sublime doué de faculté exceptionnelle ? Être un inconnu quelconque ou une célébrité super adulée ? Les plateaux de la balance oscillent vite entre les duos Euphorie-exaltation et Amertume-déception.
La satisfaction de soi côtoie en permanence la fragilité de ses aptitudes. A chaque fois que Peter doute de lui et de ce qu'il doit réussir, outre ses vols chimériques, c'est à l'étrange boutique de Monsieur Virgule qu'il se rend...
Cela causera-t-il la perte de son don ? à moins que ce soit celle de ses amis à commencer par Amandine...
Cette lecture est enthousiasmante, facile et non dépourvue de sagesse comme tout conte s'adressant à notre âme d'enfant.
Je vous vois venir, bande de petits curieux. Oui, bien sûr nous nous voyons encore avec Amandine , et même très souvent. Mais nous n'avons pas emménagé ensemble. La question ne s'est même pas posée. Nous ne vivions pas un amour bavard, donc pas besoin de nous voir tous les jours. Entre nous, les mots étaient superflus. D'aucun diraient qu'on se laissait vivre, je dirais plutôt que nous faisions de la chimie. Dans notre amour, rien ne se créait, rien ne se perdait, tout se transformait. C'était un amour d'évidence.
Génial ! ... du réalisme dans le fantastique...