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Le Mirebalais Indépendant

Bienvenue à Mirebeau en Poitou.

"Le Passé m’est tellement Présent à l’esprit, qu’ici, il s’offre un Avenir… "
Parole de Farfadet.


Publié le par FARFADET 86
Publié dans : #D'Hier - d'Ici et d'Ailleurs ...

Réédition d'un article initialement publié le 10/08/2008 à 22:43


Je vous ai conté l’arrivée à Charroux dans les années « 50 » puis vous ai fait le descriptif du rez-de-chaussée de la maison de ma bonne tata Suzanne mais, au-delà de ces souvenirs imprégnés de l’odeur du vieux bois ciré, du fumet d’un ragoût ou des parfums d’épicerie d’antan, il y avait aussi la mer des sons qui affluent encore à mes oreilles … Tiens, à propos de mer et de son, jouant avec ces mot, un petit ruisseau du coin, se jetant dans la Charente, s’appelle le Merdançon …

Ce sont les bruits de la vie du village s’animant qui sonnaient mon réveil d’enfant…


Bingbadabambingnbangbing !…

Tôt le matin cela commençait avec le «feurlassement» des bidons de laits à l’arrière des vieilles camionnettes de la laiterie C. qui, au passage de la saignée en travers de la chaussée, juste en face la maison de la tata, s’entrechoquaient joyeusement… « O feurlasse dès 5H du matin  et beurrhdeda !» disait mon oncle, malicieusement (Feurlasse venant de fer... en toute logiqu
e …) A lui cela constituait son réveil et il descendait à la cuisine préparer le petit déjeuner …


Kliiinnnng !  Klaaannnng ! …

 
 Prenant le relai de ces sonnailles métalliques renouvelées à chaque passage de camionnettes, vers 8H30 du matin, c’était le tintement clair et vibrant à coups bien rythmés de l’enclume du maréchal ferrant dont la forge est toute proche de la tour Charlemagne dominant le village … J’aimais particulièrement ce martellement sonore qui battait puissamment comme étant le cœur véritable de ce village…
 



Dahang ! Dahong ! Dahang ! Dahong ! Dahing ! Dahang ! Dahing ! Dahong ! ))))))))
Les dimanche matin, dès 8H30, encore dans le chaud de la couette, j’adorais entendre le joyeux carillon des cloches de l’église qui appelait les fidèles à première messe … Cette résonance vive et mélodieuse était une invite aux rassemblements des habitants dans la convivialité religieuse, civile et familiale … chacun y trouvant son compte …
Moi, je quittais l’édredon pour descendre à la cuisine où l’odeur du café-chicoré avait envahi l’espace … j’embrassais ma grand’mère plongée dans ses mots croisés puis la tata qui s’activait déjà aux fourneaux. Dans un grand bol, elle me servait le café-chicoré agrémenté d’un nuage de lait. Elle m’avait également préparé de ces bonnes tartines de beurre bien baraté l’avant-veille par ses soins, au goût crémeux et fondant, tartines que je prenais plaisir à tremper dans mon bol et qui, lorsque je les portais avidement à ma bouche, dégoulinaient sur mon menton avant d’aller souiller ma serviette attachée autour du cou… Le traditionnel longuet constituait le savoureux dessert de ce petit déjeuner copieux… Tandis que je dégustais ces délices matinaux, une nouvelle fois, les cloches, à toutes volées, sonnaient l’appel à la grande messe de 11 H… Alors, passaient devant nos fenêtres, des dames en grande toilettes et voilettes, des messieurs en costumes sombres, certaines de ces personnes, étant accompagnées de leurs enfants propres comme sou neuf… les petits gars en ensemble avec culottes courtes et les filles toujours coiffée de le leur chapeau cloche façon Claudine, leurs boucles dorées s’affichant en accroche-cœur à la base de leur joues roses… C’était charmant !...


Haïue coôcô ! Djaïe ! Whôôôô !
Mais ce que j’appréciais le plus de cette vie d’un autre âge, c’était les jours de foire. A Charroux, celles-ci se tenaient une fois par mois …
En période estivale, cela commençait dès le point du jour avec l’arrivée des charrettes des paysans de la contrée… le pas caractéristique des chevaux les tirant, se mêlait à celui ferraillant de leurs roues…. Hennissements, bêlements, couinements, caquètements, meuglements se fondaient en un charivari de cris d’animaux que dominaient la voix des hommes ordonnant à tout ce monde … les Hue, les Han, les Dia, les Driiijjj, ponctuaient la manœuvre pour ranger bien en ligne les charrettes sur la place du Parvis… Moi, j’avais sauté du lit et j’étais déjà le nez collé à la fenêtre pour profiter de ce spectacle pittoresque …
Dès 7h du matin, il y avait bien là une quarantaine de ces charriots vans à quatre roues, type fardier ou bétaillère, bien alignés côte à côte et dont on avait relevé les brancards débarrassés  de leurs chevaux. Ceux-ci, étaient conduits sous les ombrages du champ de foire en haut de ville. Cette assemblée de véhicules hippomobiles se reproduisait à d’autres emplacements prévus à cet effet aux abords de la localité… Toutes ces charrettes avaient été vidées de leurs occupants, ovins, caprins ou porcins, eux aussi, conduits au champ de foire où se tenait le marché aux bestiaux. Les casiers qui contenaient les animaux de basse-cour et les lapins eux, avaient été emmenés place Saint Pierre où se tenait le marché aux volailles
Tandis que s’afférait toute la gente paysanne, d’autres commerçants arrivaient avec leurs vielles camionnettes pétaradantes et fumantes… Les uns faisant le négoce de tout ce qui se désigne par victuailles, installaient leurs étals bien achalandés odorant et parfumés sous les halles, en centre ville, les autres, marchands d’étoffes, de vêtements, de chapeaux, de chaussures,  quincaillers et bazars, montaient chacun leur grande tente dressées sur de hautes perches et dont les bâches étaient arrimées à d’énormes pieux de fer enfoncés dans le sol à grand coup de masse … Il n’y avait pas encore de camion magasin dans ces années « 50 » et toute ces marchandises étaient présentées sous ces grandes toiles couleur bis uni ou bariolées or et rouge ou encore,, bleu et écru… Tout ce monde s’installait à grand renforts de coups secs ou vibrants, d’interpellations et d’exclamations joyeuses … Dans les heures qui suivaient, s’amplifiaient, toujours plus, le bourdonnement des conversations et le piétinement de toute cette population campagnarde… La frénésie s’était emparée du village … et ce n’était pas les quelques coups de vieux klaxon grésillard, d’un tacot égaré dans cette jungle, qui allait interrompre cette joie de vivre, pas plus que cette trompe de ce « new-âge mécanique », ne parvenait à écarter la troupe des badauds amassés devant le camelot casseur de vaisselle, lequel s’époumonait à vous faire regretter les lots qu’il prenait un malin plaisir a faire voler en éclats… charmants  bruits de scène de ménage en pleine rue qui ravissaient les curieux, avides de sensations fortes… 


Krreïngn dzin tip tap tip tap…Krreïngn dzin tip tap tip tap…Krreïngn dzin tip tap tip tap…
De cette époque révolue il me tourbillonne encore dans l’oreille, bien d’autres sons caractéristiques et parmi eux, cet amalgame constitué des crissements de roue de brouette cerclée de fer qu’accompagnait le martellement des sabots de bois des laveuses sur la chaussée… Oui, ici, je ne les appelle pas  lavandières, car Charroux, capital de la Basse Marche, ne se situe ni au Portugal ni en pays Provençal mais bien en pays Poitevin… Oui, ces braves femmes je les entends et les vois encore, remontant le milieu de la rue de Rochemeau, revenant du lavoir en sortie de ville, faisant claquer leurs sabots avec entrain sans parvenir à couvrir les grincements métalliques de leurs brouettes où, en travers, était couché un joli tas de linge. Ce spectacle paraîtrait bien insolite de nos jours… Il faisait encore partie du quotidien en ce début des années 50 où, bien avant l’apparition des premières machines à laver (on ne disait pas lave-linge) avoir lessiveuse et Trepax à gaz, constituait un véritable luxe …


Belote ! … et… Re !...
Toute journée s’achève le soir venu … une vérité que M de La Palice n’aurait pas démentie … A Charroux  elle ne pouvait s’achever sans être passé au café B. au coin,  en face les halles et dont la bâtisse jouxtait la célèbre tour octogonal… Là il régnait une ambiance toujours  joyeuse, ponctuée d’éclats de rires et de propos énoncés à voix hautes qui fusaient des tables de la grande salle, en écho aux conversations tonitruantes des adeptes du comptoir … Les Charroix parlent fort et les sons en « ai » sont fortement appuyés… A l’heure de l’apéritif, les conversations vont bon train… si elles ne sont pas nourries par la politique, elles rapportent le plus souvent les hauts faits de parties de pêches ou de chasses des clients de ce sympathique café où le patron et la patronne se relayent, toujours souriants, pour servir tous ces grands bavards buveurs … On y joue aussi à la belote et à la coinche, dont les grands coups de poings sur la table font tinter les verres de pastis et baver les petits ballons de « blanc » de ces joueurs bruyants aux yeux plissés par la malice …

Dès 20 heures, le village retrouvait le calme ; après le souper, les chuchotements des dernières conversations sur le banc, entre voisins, se mêlaient au frais murmure des frondaisons qui devenaient de plus en plus sombres, au fur et à mesure que le ciel s’emplissait d’étoiles …

Photos  : Cartes postales anciennes - Collection "Cercle Généalogique Charente Poitevine" - "Métiers d'autrefois"  : Place du Parvis et rue de Rochemeau vue d'où habitait ma Tante - Une camionnette C4 Citroën des années "30" comme en possédait la Laiterie "C" -  Une Forge de Maréchal Ferrant -  Vue générale de Charroux  avec, à gauche, la Tour Charlemagne, à droite, l'Eglise Saint Sulpice  -  Une charrette au début du siècle dernier - Une brouette identique à celle des laveuses -  Les Halles de Charroux.

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Christian Lacombe 27/11/2019 15:47

Un superbe article sur cette période révolue,au moins a cette époque les gens prenaient le temps de vivre.
Bonne fin de journée et merci de la visite sur mon blog.
Christian

Marie-Rose 06/02/2019 18:33

Quelle belle enfance ! Je t'envie un peu de te souvenir de tous ces sons qui ont baignés ton enfance, mais je les vis un peu avec toi tellement ta description est faite de sensibilité et de délicatesse.

eliane roi 06/02/2019 08:56

Tes articles me ravissent, Patrice (t'as vu, ça rime...). Moi qui baigne dans le rétro, je dois dire que je prends un plaisir immense à te lire. En plus, tu écris très bien. L'atmosphère de l'époque est sublimement retranscrite. La description des bruits... on s'y croirait... on se plonge tellement bien dans l'atmosphère de l'époque qu'on arrive presque à sentir les odeurs...................... Dès que ma machine à remonter le temps est réparée, je file à Charroux, à l'époque de ta Tata Suzanne ; mais je ne lui raconte pas 2018 et 2019 ; je ne voudrais pas lui gâcher sa journée.

oursonne libre 12/08/2008 07:34

quel plaisir de te lire Patrice et surtout de lire cet article, c'est vrai lorsque j'y pense, j'ai encore dans ma tete, tous les bruits de l'epicerie et de la rue de mon quartier, avec mon père et son diable, et les parties de belote sur le comptoir de notre buvette à bagnolet.Que j'ai aimé cette époque et tu as raison de raconter les bruits de ton villageQue cela fait du bien.C'est presque un devoir de mémoire poir nos enfants qui sont bien loin de tout cela avec leux play stations et ipodgrosses bises a vous deux

BIDUDULE 11/08/2008 10:29

Un p'tit coucou et hop ! je repars !Gros bisous et amitié.

Profil


FARFADET 86
Sexe : Homme
À propos : Retraités depuis janvier 2005, avec mon épouse, nous étions accompagnateurs de personnes handicapées mentales, ceci pendant 40 ans, dans un Foyer de Vie, en Haute Normandie.

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