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C'est l'histoire d'une fillette de 10 ans que la cécité guette, une perspective injuste, bouleversante pour elle et toute sa famille. Plonger dans le noir absolu, ne plus connaitre le monde en couleur et ses formes variées à l'infini, après avoir connu une première part de ses splendeurs naturelles, ne plus rien voir, devient alors une monstruosité à laquelle nul n'est préparé et encore moins une enfant de 10 ans qui se passionne pour tout ce qu'à cet âge, on découvre et apprend de l'existence.
"Maman c'est tout noir !"
Quel désarroi pour cette fillette qu'un monde qui s'éteint !... Mais ceci n'a duré qu'un instant.
"Maman, papa, ça revient !"
Cette sombre expérience de quelques longues minutes n'est qu'une alerte, un prémisse de ce qui peut advenir brusquement sans prévenir... l'ophtalmo confirme une cécité "programmée"...
Vivre avec la perspective d'être aveugle à échéance incertaine s'agissant du moment, Mona et sa famille devront composer avec, telle une épée de Damoclès dans la vaste panoplie de tous champs de vision...
L'enfant peut oublier parce qu'il vit d'abord son enfance, l'adulte bien plus difficilement parce qu'il redoute, même inconsciemment, le pire ...
Mona est bien entourée par des parents aimants : Camille sa maman, la quarantaine, travaille dans une agence d'intérim, employée méticuleuse et zélée, elle fait aussi du bénévolat au service des causes les plus variées entre vieillards isolés et chiens battus... Paul, son père de 57ans, brocanteur, affectionne les objets et mobiliers influencés par la culture américaine des années 50. Il tient un commerce hélas peu florissant et pour cette raison s'adonne à la boisson au grand dam de son épouse qui lui voue pourtant énormément d'amour et d'attention
Mais celui pour qui Mona a beaucoup d'affection, c'est son grand-père maternel Henry qu'elle appelle Dadé. Chaque mercredi, il est missionné par sa fille Camille, pour conduire sa petite fille chez un pédopsychiatre sur recommandation du Dr Van Orst ophtalmologue à l'Hôtel-Dieu lequel suit l'évolution de la vue à forte acuité et pour cela fragilisée de la fillette.
De cette consultation hebdomadaire chez un psy, Henry n'en n'aura cure et, sectètement, prend la liberté d'accompagner sa petite fille au Musée où elle exercera ses aptitudes visuelles sur des œuvres d'art certainement plus thérapeutiques que de vains propos et ressentis psychanalytiques hors contexte face à ses réels besoins de soins et intérêts à susciter du moment.
La couverture protectrice du livre, se dépliant présente les photos médaillons des 52 œuvres présentées
Ainsi durant une année, chaque mercredi Henry accompagne Mona d'abord au Louvres, ensuite à Orsay puis à Beaubourg lui faisant découvrir des chefs d'œuvres de la peinture de la sculpture et même de l'architecture.
Dadé est un esthète doublé d'un pédagogue, Mona une petite fille pleine de vivacité à l'intelligence affutée mais aussi douée d'un sens aigu de l'observation. A la fois pertinente et perspicace, rien ne lui échappe de ce qui caractérise et émane d'œuvres antiques, de tableaux de la Renaissance, d'époques classiques ou contemporaines. Elle en discerne l'essence créatrice de l'auteur, en éprouve jusqu'au fond de son être le retentissement universel avant d'en extraire le message pérenne, au cours d'échanges objectifs toujours précédés d'un temps mesuré de contemplation et de méditation
Dans chacun des 52 chapitres nous contant ces visites, chaque œuvre est décrite en italique, avant d'être commentée par le duo Mona-Dadé.
Ce récit est aussi rendu vivant et donc plus assimilable avec ce que l'auteur nous décrit préalablement concernant le quotidien de cette adorable et sagace enfant de 11 ans, dans sa famille, à l'école ou avec ses amies.
En titre de chapitre, chaque artiste présenté s'accompagne d'une consigne le caractérisant...
1
Sandro Botticelli
Apprends à recevoir
52
Pierre Soulages
Le noir est une couleur
Il y a des vacances qui n'en sont pas vraiment, parce que les choses semblent s'y fermer. Pendant celles de la Toussaint, les jours décroissent vite, les fenêtres sont closes, les bouches bavardent moins, plombées par un sentiment diffus de deuil et de chagrin. Dans les maisons, tandis que s'invitent les ombres, les vitres froides piègent la moiteur de l'air et maquillent leur belle surface claire sous d'opaques buées. Une peau de larmes s'y forme. Le cafard du dimanche dégouline la semaine entière.
La brocante de Paul était désormais morte, et Mona se sentait trahie. De longue date, il avait été convenu qu'elle devait rejoindre Lili à Rome pour ces vacances automnales. Mais cette promesse italienne, irradiée par l'excitation de s'envoler en avion, fut ajournée << à une prochaine fois » tellement évasive qu'elle en devenait cruelle. En fait, les parents de Mona étaient pétrifiés d'angoisse à l'idée que leur fille égare son pendentif fétiche, et Camille en avait même retravaillé l'attache avec un fermoir ren- forcé. Il lui était inconcevable de la laisser s'échapper loin d'eux.
Thomas Schlesser nous a produit là, un roman aussi instructif qu'émouvant qui rend la lecture à la fois récréative et pédagogique. Mona à l'école de l'Art a posé un regard émerveillé sur des œuvres sublimes ou intemporelles noyant ses yeux des beautés du monde... un éblouissement !
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