Quand nous habitions dans le Vexin normand, nous n'étions qu'à une quarantaine de kilomètres de Beauvais, préfecture de l'Oise. Une citée accueillante que nous avons visité de nombreuses fois. Dès que nous arrivions, nous garant aux abords pour gagner le centre ville, nous passions immanquablement devant l'imposante Cathédrale Saint-Pierre. Cette curieuse église tronquée m'a toujours intrigué autant par son aspect extérieur très ramassé que par son élévation intérieur avec son envolée de voûtes...
La cathédrale de Beauvais aurait dû être la plus vaste et la plus haute parmi toutes celles qui furent édifiées dans le Nord et l'Est de la France au tournant des XIIe et XIIIe siècles. En l'absense de nef, on entre dans la cathédrale que par la porte Sud du transept.
Apothéose du gigantisme...
Au XIIIe siècle, outre celles qui s'effectuaient à destination de l'Orient, il y eut une aussi fervente croisade menée par les bâtisseurs de cathédrales. Une compétition qui ne dit pas son nom mais correspond à cet engouement du bâtir toujours plus grand et ériger toujours plus haut, des édifices religieux affichant la richesse et la grandeur de chaque cité où s'élevaient ces églises monumentales.
Splendeur architecturale faisant écho à la beauté céleste, elle nous attirent ver le Haut ... Dans chacune de ces localités, ces défis lancés aux cieux, tiennent-ils à la pompe et à la puissance ecclésiastique de cette époque ou à la ferveur de ses serviteurs et paroissiens ?...
Michelet a dit que la Cathédrale était la maison du peuple. C'est vrai dans le sens où il l'entendait : outre un lieu d'enseignement et de prière, l'église était un lieu de délibérations, de réunions civiles, mais aussi un lieu de fête populaire ; les individus y bénéficiaient également du droit d'asile, grâce auquel, leur liberté et leur vie furent fréquemment sauvegardées.
Selon Auguste Rodin, le propos de Michelet s’approfondit d'un autre sens . L'église chrétienne appartenait au peuple en ce qu'elle lui était destinée, qu'elle avait été construite pour le contenir et l'abriter, à la différence des temples polythéistes où il n'y avait de place que pour le dieu et ses officiants. Le dieu, d'autre part, n'était que dans son temple, il l'habitait, en justifiait par sa présence l'édification et n'avait pas littéralement le droit d'en sortir. Quant aux rites, ils s'accomplissaient presque toujours extérieurement au temple proprement dit. Le Dieu de l’Évangile est aussi dans son église. Comment n'y serait-il pas, puisqu'il est partout ? Il y est même d'une façon particulière et sensible, sous les formes et attributs consacrés ; mais il y est surtout pour la foule des fidèles , pour y habiter avec eux...
Nous plaçant dans l'esprit de cette époque du Moyen-Âge central, toujours plus éclairé par ses grands instructeurs, comme Thomas d'Aquin ou Alain de Lisle on peut saisir l'origine de ce mouvement bâtisseur qui enthousiasme autant les paroissiens que les prêtres. Bien avant la date, nous sommes déjà dans des siècles de lumières...
Cela se traduit par cette puissante aspiration à construire de monumentales églises, lieux de culte et de rassemblement populaire, des édifices ouverts à la lumière dont les flèches les coiffant nous paraissent toucher la voûte céleste...
Avec une clé de voute se situant à 48 m du sol, le choeur de la cathédrale de Beauvais est un puits de Lumière tourné vers les cieux...
Résumé historique de la cathédrale de Beauvais ...
La construction grandiose d'un édifice rendu fragile par ses proportions imposantes et des ajouts trop élevés...
*En 1225, après un énième incendie, le chœur de l'ancienne église cathédrale fut complètement détruit. L'évêque-comte Milon de Nanteuil (1217-1234) choisit alors d'entreprendre la construction d'un nouvel édifice un peu plus à l'est.
Sur des fondations parfois profondes de plus de dix mètres pour reposer sur de la roche dure, l'édifice s'éleva lentement. La pierre utilisée est la craie, extraite des carrières de Beauvais et Saint-Martin-le-Nœud. Vers 1240, la base du chœur et tout ce qui est au-dessous de la claire-voie était achevé. Les travaux se poursuivirent du nord au sud et d'ouest en est, sous l'épiscopat de Guillaume de Grez (1249-1267). La construction s'éleva sans doute un peu plus haut que ce qui était prévu à l'origine. Vers 1260, le chœur était achevé et on y célébra les offices. Le 3 octobre 1272, les vêpres étaient chantées dans le nouveau chœur. La cathédrale, très haute, dépasse la hauteur du plateau picard voisin et offre une forte prise au vent.
C'est probablement une tempête qui a provoqué, un vendredi de novembre 1284 une catastrophe : une partie des voûtes s'effondre sur les travées droites du fait d'une faiblesse au niveau de la deuxième pile séparant les bas-côtés, provoquant la rupture de l'arc-boutant supérieur. L'abside, renforcée par sa structure en arc, n'a pas beaucoup souffert.
En 1550, le chapitre de la cathédrale décida de faire construire une tour-lanterne et non pas la nef (sans doute pour que la cathédrale, comme ses voisines, se voît de loin). Les travaux commencèrent en avril 1563 sous la direction de Jean Vast. Achevée en 1569, cette tour-lanterne fut surmontée d'une flèche en bois dont la croix sommitale culminait à 153 m au-dessus du sol, ce qui fit de Saint-Pierre de Beauvais l'édifice le plus haut de la chrétienté. Néanmoins, la fragilité de l'ensemble apparut à tous. L’absence de la nef, surtout, priva le côté occidental du contrebutement nécessaire pour le soutien de ces piliers.
le 30 avril 1573 est un jour noir dans l'histoire de la cathédrale : alors que les fidèles sortent de la célébration de l'Ascension, la flèche et les trois étages du clocher s'effondrent. Les coûts de la reconstruction des voûtes du transept furent tels qu'ils ne permirent pas de reconstruire la tour-lanterne et privèrent définitivement la cathédrale des fonds nécessaires à l'édification de la nef.*
*....* : source Wikipédia
Un élan vertigineux où la pierre si dense, se fait aérienne et s'illumine des feux de la ville. Gigantesque vestige d'un défit lancé aux cieux.
Les chantiers des plus importantes cathédrales gothiques de France
|
Ville |
Dates |
Hauteur |
Longueur |
|---|---|---|---|
|
115 m/37 m |
130 m |
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|
1135-1517 |
78 m/24 m |
113 m |
|
|
1135-1281 |
|||
|
1138-1430 |
64 m/34 m |
134 m |
|
|
1145-1235 |
66 m/22 m |
103 m |
|
|
1145-1506 |
151 m/28 m |
144 m |
|
|
1148-1523 |
75 m/24 m |
90 m |
|
|
1148-1230 |
114 m/27 m |
||
|
1155-1235 |
60 m/24 m |
110 m |
|
|
1163-1345 |
96 m/33 m |
127 m |
|
|
1170-1487 |
/34 m |
123 m |
|
|
1176-1439 |
142 m/31 m |
111 m |
|
|
1195-1230 |
65 m/37 m |
125 m |
|
|
1199-1634 |
62 m/29 m |
114 m |
|
|
1211-1275 |
87 m/38 m |
149 m |
|
|
1220-1269 |
112 m/43 m |
145 m |
|
|
1220-1552 |
93 m/46 m |
136 m |
|
|
1225-1569 |
67 m/48 m |
72 m |
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1282-1480 |
78 m/40 m |
114 m |
L'horloge astronomique a été construite entre 1865 et 1868 à la demande de l'évêque de Beauvais Joseph-Armand Gignoux par Auguste-Lucien Vérité, célèbre maître horloger de Beauvais. Elle fut d'abord présentée au palais de l'Industrie en 1869 avant d'être placée dans la chapelle du Saint-Sacrement, située dans le bras nord du transept de la cathédrale de Beauvais en 1876.

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