Dans le cadre du centenaire de Citroën...
Réédition d'un article initialement publié le 21/03/2007 à 08:10
Ce fut ma deuxième voiture … ( voir article : « Ma première voiture : http://www.mirebalais.net/article-2735471.html ») … Avec la précédente , elles avaient en commun le type de motorisation, c’est à dire un moteur bicylindre, ceux-ci, opposés à plat et refroidis par air… La cylindrée de la 2CV était de moitié inférieure à celle de la Panhard : 425 cm3 contre 848 cm3… La comparaison s’arrête là … Ah ! j’oubliais, les portes avant s’ouvrant dans le mauvais sens sur les deux voitures, soit, à l’opposé du sens de la marche, d'avant en arrière, à contre vent, si vous préférez …
peut tout de suite ajouter que cela le demeurera à jamais … Se mettre à son volant métallique à branche diamétrale est, en ce sens, instructif : Le tableau de bord c’est une platine tôlée nantie d’un unique ampèremètre encadré par les boutons tirettes du starter et du démarreur ; à la base une tablette transversale sert de vide poche, au dessus des évents commandés par une molette autorisent, via une grille qui court sous le pare-brise, l’entrée de l’air lequel passe également par bien d’autres issus … Et « top » de la technologie, juché au coin inférieur du montant gauche de pare-brise, le fameux compteur de mobylette, ici, gradué jusqu’à « 90 » équipé, à sa base, d’une molette de mise en action des essuie-glaces. Molette que vous tirez pour mettre en marche ces balais nettoyeurs de vitre. Ceux-ci, entraînés par les roues sont autonomes quand la voiture avance, leur cadencement dépendant directement de la vitesse de l’auto. Mais, à l’arrêt, c’est le conducteur qui, en tournant cette molette, actionne les essuie-glaces… par temps de pluie, bien sûr … Avantage de ce
système : pas de panne moteur d’essuie-glace... C’est un levier coulissant fiché au milieu du tableau de bord, à droite et au niveau du moyeu du volant qui permet de passer aisément les vitesses. Les sièges tubulaires bardés d’elasto-machin-chose et garnis d’un tissu écossais assez indéfini sont d’une souplesse remarquable et vous donne l’impression de piloter une balançoire à roulettes. Certes il faut prévoir des coussins car la « fatigue » prématurée de ceux-ci vous permet d’avoir un contact direct entre soubassements ; j’entends par là, comme il est dit plus haut, le nôtre, en propre … ( certainement … !) et celui de la voiture … Le constructeur qui a poussé à l’extrême son souci d’économie à la fabrication et à l’usage a fait fi des lève-glaces ; celles de l’arrière sont fixes, celles à l’avant, en deux parties, ont l’extraordinaire possibilité d’être, pour la moitié inférieure, relevable et maintenue, ainsi relevée, par un ensemble de téton et matrice caoutchouteux sur le bord haut du montant de portière. Le plus souvent, les balancements de la voiture ont raison de ce positionnement et, l’été, il convient de rouler coude à la portière si vous voulez profiter de l’air extérieur et si, bien sûr, vous ne craignez pas les « bleus » car les déplacements d’air font que, la dite moitié de vitre, se balance… tout comme la voiture d’ailleurs !….
ses semblables, d’une capote toilée se prolongeant jusqu’à la plaque minéralogique, ici, parée d’une lunette arrière plus large que sur les modèles précédents … progrès oblige… Oui Mesdames Mesdemoiselles Messieurs, cette auto était décapotable !… Nous reviendrons plus loin sur cette particularité… Pour l’instant j’invite à visiter le compartiment moteur … Eh bien quoi ?.... Cette 2CV a un moteur, une boîte de vitesses, une timonerie, des freins, des suspensions et tout et tout… qu’est-ce que vous croyez ?... C’est bien une auto, non mais !... Bon c’est de la mécanique simple arrimée à de la tôle emboutie certes, mais… ça tient et ça fonctionne et puis, c’est accessible sous le capot lorsque vous avez bien pris soin de le maintenir levé en en fixant bien la tringle si vous ne voulez pas vous le prendre sur le cou en regardant à l’intérieur … Ah oui il y a aussi une batterie … Vous n’étiez pas au courant ? Allons ne faîtes pas cette bobine … Elle est sympa cette 2CV tout de même !...
Ca y est ! la batterie est en place et le bicylindre démarre à la demande, je vais pouvoir faire ma balade du dimanche et étrenner cette fameuse 2CV… Alors là mes amis, c’est le délire qui commence… Enfin, c’est une façon de dire car en ce qui concerne les performances, c’est pas la joie : finies, les caracolades et les escapades à grande vitesse sur la RN10 ou la RN20 !... Il va falloir sérieusement réviser les temps de déplacements car la moyenne horaire à établir sur un parcours est à revoir nettement à la baisse, c’est le moins qu’on puisse constater… La 2CV plafonne à «80 » dans les descentes et avec le vent en poupe mais en côte, même en accrochant la deuxième des 4 vitesses, finir au sommet à « 40 » tient du prodige … Ca change le comportement du conducteur j’vous dis pas ! … On fera avec …
Quoi de plus grisant que de rouler à « 70 » sur les petites routes étroites et poudreuses de la Gâtine Parthenaysienne. Au moins on a une impression de vitesse élevée à filer ainsi entre les haies blanchies par le nuage de poussière soulevé à notre passage… Gégé n’a rien trouvé de mieux que de se mettre debout accoudé au montant supérieur du pare-brise pour profiter du panorama défilant en humant l’air du bocage avec délectation… Un virage s’annonce, je fais confiance à la tenue de route de la 2CV et à mes talents de conducteur émérite pour maintenir l’allure …. Certes une 2CV ça tient parfaitement bien la route mais en l’occurrence, ce jour là c’était peut être trop demander car, voilà qu’à la sortie du virage, devant nous, à tout juste 15 mètres, un brave paysan ramène son cheval du champ, le tenant par la bride. Tu parles d’un obstacle ! Brusque coup de volant pour éviter cet usager trop lent pour notre voiture lancée à « 70 »… La 2CV gémit sur ses suspensions, le roulis s’intensifie mais on passe tout de même dans un déferlement de crissements, de grincements, de cris et de poussière aveuglante …. Le cheval a échappé à son propriétaire et s’est mis au galop, bonjour la débandade !… Derrière le copain agrippé à notre siège est livide … Gégé se rassoit et laconiquement nous dit : « un cul de cheval d’aussi près, je vous jure les copains, jusqu’alors, j’avais jamais vu !… » Alors là, tous les trois, on éclate de rire … Le brave paysan qui, derrière ,court après son cheval, lui ne doit pas avoir la même réaction que nous…
La 2CV était stationnée sur la grande place poudreuse à côté d’un banc public … Sûrement trop près du banc car en reculant… crac ! L’aile droite de la 2CV a cédé… Ah bah oui, j’avais du me garer trop près et les roues obliques, en reculant, ont fait que le bord du banc a accroché l’aile par en dessous et l’a presque décollée de son support. Sa tôle est fendue au niveau de la courbure supérieure … Mince alors !... (Oui, mince est la tôlerie de la « Deuche »…) Soit, on bidouille pour remettre en place cette pauvre aile et aussi fier que Artaban - c’est le cas n’est ce pas - on remonte en voiture… Marche avant, cette fois, et … crac ! Pour la deuxième fois en moins de 5 minutes… Ce coup-ci, on se retrouve penché vers l’arrière droit ??? … On redescend… Un attroupement se fait déjà autour de nous…. Il faut dire que les « crac » successifs et, maintenant, l’allure de guingois de la 2CV ne sont pas passés inaperçus… Alors là, question grotesque on a atteint le summum… En effet La roue arrière droite a pratiquement disparu dans le fond du passage de roue correspondant mais par contre, s’est rendue visible à l’intérieur de la voiture en en perforant la tôle interne … Bonjour les dégâts !... A l’arrière droit, la caisse touche le sol si bien que tout le côté gauche de la voiture est exagérément relevé, surtout l’avant. Tu parles d’une allure bancale … (Non ! je ne le fais pas exprès !...) Cette fois, la voiture est bien immobilisée … Trouver un mécano et une 
dépanneuse ce dimanche, en fin d’après-midi, n’est point une sinécure mais la chance, si je puis dire, ne m’a pas totalement abandonné et, dans le faubourg, on parvient à trouver un brave mécanicien qui prend en remorque la voiture la tirant soulevée par l’arrière pour la conduire à son atelier où il pense pouvoir réparer le lendemain… Son diagnostique est net : La coupelle qui retient le bras de suspension arrière a tout simplement cédé libérant le dit bras qui a poussé la roue attenante, sous l’aile pleine arrière, jusqu’à la remonter dans l’habitacle …
Pendant plus de 60 ans, de tous les constructeurs français, Citroën fut sans doute le plus aventureux en matière d’innovation tant sur le plan technique que sur la conception automobilistique : Moteur flottant – Transmission motrice aux roues avant - caisse auto-porteuse, - carrosserie monocoque - suspension hydraulique - freins à disques ; toutes ces techniques composites, Citroën a su les exploiter en passant très vite du prototype d’essais à la grande série. Généraliste généralisant les techniques de pointes définirait bien les grandes orientations et la particularité de la firme aux chevrons. Dans ce souci de promouvoir le « pas banal » et « l’exceptionnel », La 2CV tient une place, elle aussi, exceptionnelle. Le pari étant de réaliser une petite voiture économique à l’achat et à l’emploi pouvant rendre de multiples services à l’usager et dont le coût de production se fixerait au plus bas. C’était un pari osé et ce, dès l’établissement du cahier de charge … La genèse de la 2CV remonte à l’année 1935 sous l’égide de Pierre Boulanger placé à la direction des usines du Quai de Javel par Pierre Michelin lequel avait racheté « Citroën » déficitaire après le décès, en 1934, du fondateur de la marque, l’excentrique et tumultueux André Citroën. Pierre Boulanger a très vite le souci de réaliser une petite voiture populaire accessible pour tous, économique et pratique, résumée par cette formule : (4 roues sous un parapluie…) De plus ce brillant ingénieur, souhaite que ce véhicule puisse parcourir de long en large tout un champ de labour avec, sur les sièges un panier d’œufs sans qu’aucun de ceux-ci ne se cassent … Pari aussi insensé devient difficile à recenser surtout en 1938… Plusieurs prototypes seront réalisés et testés avant guerre. Un moteur 4 temps bicylindre refroidi par air sera préféré au « 4 cylindres » refroidi par eau plus conventionnel. C’est au salon 1948, que pour la première fois, est présentée la petite Citroën. Présent, à ce salon, Pierre Boulanger dévoile aux regards des visiteurs cette invraisemblable 2CV au moment même, où le Président de la République, Vincent Auriol, pénètre sur le stand…
Châssis plateforme en tôle embouti auquel se rapporte les panneaux amovibles de la caisse en acier léger et les éléments à bras flexibles de suspension ultra souple .Voir article : "Ma première voiture"