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Le Mirebalais Indépendant

Bienvenue à Mirebeau en Poitou.

"Le Passé m’est tellement Présent à l’esprit, qu’ici, il s’offre un Avenir… "
Parole de Farfadet.


Publié le par FARFADET 86
Publié dans : #Les clins d'oeil du Farfadet
« Entre toutes les femmes » de Erwan Larher.

Découvrant le titre on se dit d'emblée ouh là là ! De quelle personne l'auteur veut nous conter l'histoire ?... S'agit-il d'un roman autobiographique surtout que parmi ses œuvres, il y a déjà « Qu'avez-vous fait de moi » qui pourtant n'a rien d'autobiographique...

« Entre toutes les femmes » qui cela peut bien être : sa mère , une amante , une super nana, un personnage historique, une intrigante, une espionne, une héroïne, une grande dame, une vestale, une sainte  ?...

Ah bien oui tiens ! Une sainte !… Entre toute les femmes, souvenez-vous ? Vous ne voyez pas ?... Ah oui, vous n'êtes pas allé au catéchisme vous, ni à la messe du dimanche et vous n'avez pas fait votre cursus scolaire dans les boites à curés … ceci explique cela … la prière « Je vous salue Marie » ah ça y est ça vous revient le : Vous êtes bénie « entre toutes le femmes » et ... Cette connotation là, quand, comme moi on a fait ses classes dans un collège catho, immanquablement, vous fait remonter à l'esprit ces instants de litanie redondante ayant marqué votre esprit à jamais...

 

En fait non, ce « entre toutes les femmes » n'a rien à voir avec la vierge Marie, Sainte Dame de nos églises, de nos rosaires processionnels et autres pardons du joli mois de Mai, attenant aux pratiques religieuses d'hier et d'avant-hier... (tellement plus rares aujourd'hui...)

 

Lisant le court résumé au dos du livre vous découvrez qu'il s'agit d'une voix … l’héroïne serait une voix ??? La Voix ! … Diantre ! S'agirait-il de notre Jeanne nationale immolée par le feu, la pure et innocente petite bergère aux voix du ciel... mais non, ce ne peut être cela voyons, on ne peut-être « sa » voix et en même temps celles que l'on ouït...

 

Donc si vous voulez savoir quelle serait ce personnage sortant des rangs du commun de toutes ces autres femmes, mise ici, en exergue par l'adverbe « entre » eh bien, il faut illico entamer la lecture d'un certain nombre de pages pour découvrir qui est cet être d'exception...

 

Vous tombez alors immédiatement dans l'intrigue et le mystère porté par de l'action à vous couper le souffle, vous transposant dans un monde qui a beaucoup changé et surtout dans une époque qui n'est plus la notre… quelques siècles après l'an 2000…

Alors c'est de la S.F. !… Pas vraiment, bien mieux que ça, c'est envisager l'avenir lointain, d'une façon à la fois plus probable et crédible mais aussi plus surprenante...

Ce résumé, au dos, est en cela très explicite et conforme au contenu mais ce qui surtout suscite l'attention et opère le déclic vous invitant à lire ce roman c'est cette dernière phrase :

« Dans une langue riche et inventive ce récit initiatique haletant aux airs de roman noir et de saga d'anticipation interroge sans concession notre présent ».

 

Avec ces mots, tout est dit sauf la messe... car pour cela – sans avoir à entrer dans une nef quelconque – il faut surtout mettre le nez dans le roman et vous accrocher…

 

Oui, je vous certifie que, même plongé dans un futur encore éloigné, notre présent est encore chaud bouillant si on se rapporte aux mentalités de notre époque, aux façons de penser et réagir de notre temps, au niveau politique, sociale, relationnel… oui, oui, oui, on découvre ce que nous sommes à ce niveau, nous les humains de ce XXe et XXIe siècle … nos préoccupations, nos attentes, nos addictions, nos envies, nos besoins, nos affects, notre vision du monde, nos hérésies, nos comportements déviants, nos manies, nos pathologies, nos pensées libidineuses, nos lâchetés, nos quêtes et conquêtes, nos recherches de consensus, nos formulations de sacro-saintes certitudes, nos besoins de vérités, nos fausses bonnes excuses, nos jugements à l'emporte-pièce, nos désirs d'absolu, nos batailles d'ego, nos égoïsmes, nos illusions sur nous-mêmes, nos incohérences, nos contradictions, nos ruses, nos pseudo théories de complots, nos faux-semblants, mais aussi nos souhaits louables de bonheur et d'harmonie... Tout y est !... Vaste programme !... Et Erwan Lahrer ne se contente pas d'énoncer et de dénoncer il explique aussi toutes ces conduites et maux de notre temps, nous montrant les tenants et les aboutissants de tous ces travers de la nature humaine apparaissant dans ses engouements, intentions, et excès.

 

Effectivement, c'est un excellent condensé de ce qu'est la société de notre temps et, en perspective, ce qu'il pourrait en advenir...

 

En atteste cette suite d'extraits, page 315 à 317 du livre :

 

« Tu crois que politicien, c'est médecin. Mais pas du tout. Le politicien c'est celui qui détourne l'attention de la douleur, pas celui qui fait la piqûre » . Ce n'est pas parce-que les gens geignent qu'ils veulent que les choses changent – et encore moins faire changer les choses, l'humain est paresseux. Combien se plaignent de leur conjoint mais restent en couple ? Combien se plaignent de leur patron mais ne démissionnent pas ? La démocratie, t'aperçois-tu, c'est la liberté de rouscailler. Jusqu'à la fin du XXe siècle, des citoyens descendaient dans les rues avec des slogans pour faire part de leur mécontentement. Jamais de leur joie, jamais de leur reconnaissance, jamais pour dire qu'ils étaient heureux... / ...Et que déjà au XVIe siècle, on savait que la forteresse des tyrans c'est l'inertie des peuples... / … Hélas, l'ère de l'éternelle actualité interdit la mise en perspective et tout le monde se moque que le mensonge d'aujourd'hui contredise celui d'hier. Comme sur le fil déroulant des réseaux sociaux, le passé est absorbé hors de vue, hors de l'écran, hors de l'actualité. Profondeur est devenu un grand mot. »

 

Bien vu... n'est-ce pas ?...

 

Le style est brillant, incisif, époustouflant par la réflexion que suscitent certaines tournures de phrases autant que par le dynamisme des réparties à travers les dialogues, le vocabulaire riche, inventif... ça oui !… Et le dictionnaire à portée, se trouve même dépassé… faites alors marcher votre imagination et vous verrez que l'auteur, au niveau langue, est à la fois visionnaire et créatif. En tous cas, vous allez enrichir votre vocabulaire.

L'intrigue est, comme on dit, bien ficelée... très… l'écheveau à démêler est important avec son lot de nœuds à desserrer... S'agissant du contexte, la difficulté pour le lecteur lambda et septuagénaire que je suis, tenait à bien se repérer au niveau du temps car l'auteur ne nous ménage pas avec les aller et retour dans l'Histoire, nous faisant faire des bonds de plusieurs siècles. Et, justement, les clins d’œil à l'Histoire jusqu'à la période antique ne manquent pas... Si je vous cite une « Briséis » par exemple ça vous évoque qui ?... Vous ne voyez pas … allons ! Souvenez-vous l’Iliade... Achille… sa captive... ah ! Vous voyez, ça vous revient… hein !...

Eh bien, Erwan Larher, des clins d’œil à L'Histoire, parfois prétexte à jeux de mots à partir d'appellations de personnages et de lieux, il ne nous en prive pas, et c'est un délice, ceux-ci étant à la fois drôles et bien amenés, devenant alors tout à fait de circonstance dans ce qu'il décrit avec brio et intelligence.

 

Autre point sur lequel il faut être attentif en cours de lecture, c'est sur la narration et le descriptif d'une action car tantôt, il fait parler son héroïne à la première personne, tantôt, elle s'anime à la troisième personne, sur le mode récit... à la lecture de quelques lignes d'une même page, il m'est arrivé de me demander qui s'exprime ou se manifeste là : l'héroïne, un personnage clef, un certain Dieumerci, la Voix contant, ou bien l'auteur, par leurs bouches ?...

Il y a aussi des passages denses en descriptions d'actions ou de situations, où, tout à coup, vous ne savez plus si on est toujours dans un même contexte de temps et de lieu... ce qui vous oblige à revenir quelques paragraphes en arrière pour vous y retrouver... Il faut s'accrocher pour suivre le fil rouge, les pérégrinations et soliloques des personnages. A ce niveau, l'auteur aime bien les méandres et les brusques détours mais affectionne aussi les ligne droites... faut suivre ! ...

Le suspens est bien sûr au rendez-vous et, à chaque page tournée, vous vous demandez ce qui va s'en suivre résultant des cogitations et des démarches faites par chacun des personnages principaux. L'antagonisme entre eux, n'est pas toujours facile à cerner, il y a une foultitude de subtilités dans les rapports que ces personnages ont entre eux et c'est ce qui maintient aussi le suspens. Par contre, leurs intentions et desseins se clarifient au fur et à mesure que vous avancez dans l'histoire… mais il y a aussi bien des surprises et il faut lire ce roman jusqu'à la fin pour connaître le dénouement de tout ce monstrueux écheveau et apprécier le sel de cette fresque politico-sociale d'anticipation...

 

 

Hors tous essais critiques qui ne sont pas de ma compétence, ce billet expose, ici, rien de plus que mes impressions après lecture, de ce roman d'Erwan Larher qui m'a fait passer de bons moments à la fois divertissants et instructifs. Merci à l'auteur d'Entre toutes les femmes.

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Profil


FARFADET 86
Sexe : Homme
À propos : Retraités depuis janvier 2005, avec mon épouse, nous étions accompagnateurs de personnes handicapées mentales, ceci pendant 40 ans, dans un Foyer de Vie, en Haute Normandie.

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