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Le Mirebalais Indépendant

Bienvenue à Mirebeau en Poitou.

"Le Passé m’est tellement Présent à l’esprit, qu’ici, il s’offre un Avenir… "
Parole de Farfadet.


Publié le par FARFADET 86
Publié dans : #D'Hier - d'Ici et d'Ailleurs ..., #Patrimoine

L’impétueux comte d’Anjou est renommé pour son extrême férocité au combat, lors de batailles sur le champ, de sièges, d’invasions de territoires ennemis ou d’incursions dans des villes ou abbayes qu’il peut saccager impunément. Redoutable et impitoyable guerrier, seigneur de haut rang, Foulque Nerra règne sur son comté en maître absolu et ne tolère aucune incartade ou rébellion de la part de ses vassaux qu’il met en poste à des places fortes aux frontières d’une vaste région qu’il aspire sans cesse à étendre au détriment de ses voisines…

Cette facette du personnage est celle parvenue jusqu’à nous, créant sa réputation de conquérant insatiable et meurtrier… il en est une autre, moins connue et qui pourtant caractérise aussi ce comte dont la vie et l’œuvre ne sont pas que ravages et guerres interminables mais qui nous le présente comme un grand politique, un fin stratège, un homme loyal, bon et juste pour ses serfs et tous ceux qui, sous sa férule, œuvrent à son service et assurent une bonne tenue de ses domaines.

On pourrait parler d’une troisième facette de ce puissant personnage, laquelle viendrait en contre-point de la première où l’être tumultueux, bouillonnant, capable de cruauté, est aussi un fervent catholique, croyant en Notre Seigneur Rédempteur et qui pour expier et racheter ses fautes n’hésitera pas à prendre le long et périlleux chemin des pèlerins le conduisant, par quatre fois, à Jérusalem. Ce terrifiant Comte d’Anjou en dépit de son immense courage, a surtout peur d’aller en enfer, au terme de son existence…

Coïncidence, ce sulfureux personnage qu’on qualifierait aujourd’hui d’être bipolaire, a vécu au tournant de l’an Mille, à ce moment des grandes peurs qui suivirent les invasions normandes des IXe et Xe siècles…

C’est la Loire qui constitue à cette époque le grand couloir des échanges commerciaux pour ravitailler bourgs, abbayes et châteaux. Et c’est autour de ce fleuve avec ses affluents, en sa partie centrale et occidentale, que vont se dérouler de nombreuses luttes entre seigneurs n’ayant à dessein, que l’expansion de leurs terres… Foulque Nerra s’y révélera le plus pugnace et dominateur, nombre de ses ennemis auront à le redouter.

Foulque Nerra, une grande figure de l'An Mille...

Bref aperçu généalogique, par la branche paternelle, des ascendants du Comte d’Anjou.

L’enfance de Foulque semble marquée par l’absence de sa mère morte dans l’incendie de la ville d’Angers, alors qu’il n’avait que 4 ans. L’Histoire ne nous dit pas où se trouvait l’enfant au moment de ce terrible drame…

On sait qu’il fut tôt, vers l’âge de 12 ans, engagé comme écuyer par son père Geoffroy Grisgonelle qu’il assistait en toutes circonstances, à la chasse mais aussi à la guerre.

On dit que c’est le moine Gobert, grammairien du monastère de Marmoutier, qui fut son précepteur et lui dispensa l’enseignement des 7 arts dits libéraux. Il apprit le latin qui était la langue des chartes mais curieusement, on n’apprenait pas à écrire dans la Maison d’Anjou si bien que comme beaucoup de grands seigneurs de cette époque Foulque ne signait que d’une croix…

De nature robuste, sans doute de corpulence moyenne mais trapu, le jeune homme est vigoureux, intrépide, animé par une grande ténacité, doué d’une résistance hors norme, il apprend rapidement tous les rudiments et toutes les finesses du métier des armes et de la chevalerie.

Il apprend en même temps tout ce qui touche à la stratégie militaire mais aussi le jeu des alliances et les subtilités diplomatiques à employer pour, à la fois, maintenir l’ordre sur ses terres et aussi en étendre l’espace au delà de leurs frontières.

Foulque Nerra n’a que 17 ans quand son père Geoffroy Grisegonelle meurt au combat lors du siège de Marçon auquel il participe pour le compte de Hugues Capet. Encore Jouvenceau, Foulque va se montrer un jeune seigneur aussi impétueux que perspicace. Ce qui le caractérise parmi les grands feudataires du royaume, c’est sa fidélité aux trois rois qu’il a connu et servi loyalement : Hugues Capet, Robert II, et Henri 1er.

En outre, il saura, en fin diplomate, préserver les liens avec ses proches parents mais aussi avec les membres plus ou moins éloignés de sa famille, et de même, entretenir les alliances avec les seigneurs de son comté, puis créer des unions par des mariages renforçant son influence sur un territoire de plus en plus vaste. Ainsi, son oncle évêque du Puy, vint l’assister dans ses début, son cousin Hubert du Gâtinais, le soulagea pour maintenir la paix sur ce pan éloigné de son domaine de grand suzerain et, son beau-père, Bouchard de Vendôme, le soutint envers et contre tous même après la mort atroce de sa fille, l’épouse de Foulque. Son beau-frère, Maurice, malgré de grandes difficultés pour s’imposer, géra loyalement son comté, à chacune de ses longues absences comme lors de ses pèlerinages à Jérusalem. Son beau-frère Guillaume Taillefer qui avait épousé sa sœur, lui facilita ses incursions en Poitou. A ces précieux liens familiaux, il faut encore ajouter ceux tissés avec Odilon qui, de simple homme de loi à Tours, devint le père Abbé de Cluny et ne se départit jamais de son amitié pour Foulque. Il faut savoir qu’à cette époque, cette grande abbaye exerçait déjà une influence importante en Europe.

Montbazon

Montbazon

Son plus grand dessein était de s’approprier les terres voisine de Touraine mais pour cela il eut à combattre ses plus grands rivaux : Eudes 1er Comte de Blois et sa descendance : Eudes II compte et Thibaud III comte de Blois et de Champagne. Les Blesois avaient aussi des fiefs très proches des terres angevines comme à Saumur ou à Langeais, des places fortes menaçant les contrées soumises au Comte d’Anjou. Jamais Foulque n’a pu faire tomber la ville de Tours, par contre, méthodiquement, il l’a encerclé de places fortes redoutables afin de l’affaiblir : Montrésor à l’Est, Montbazon et Loches au Sud, Langeais qu’il prit plusieurs fois et Semblançay à l’Ouest. C’est son fils Geoffroy Martel qui y parviendra.

 A l'Est de la cité, les Remparts, vestiges du château de MIrebeau, bordent le boulevard Foulque Nerra....

A l'Est de la cité, les Remparts, vestiges du château de MIrebeau, bordent le boulevard Foulque Nerra....

Chronologie des Faits importants de sa vie .

  • 970 : Naissance de Foulque Nerra.

  • 973 : Naissance de son frère Geoffroy.

  • 974 : Mort de sa mère , Adèle de Vermandois , carolingienne.

  • 975 : Mariage de la sœur de Foulque, Hermengarde, avec Conan le comte de Rennes. Son oncle paternel, Guy, devient évêque du Puy.

  • 976: Son frère Geoffroy décède. Foulque est associé au titre comtal.

  • 978 : Son père, Geoffroy Grisegonelle, se remarie avec Adèle de Chalon.

  • 980 : Naissance de son demi-frère Maurice.

  • 986 : Mariage de Foulque avec Élisabeth de Vendôme.

  • 987 : le 21 Juillet, mort de son père Geoffroy Grisegonelle. Foulque devient seul comte des Angevins.

  • 988 : Début des luttes à propos d’Amboise et de Chateaudun.

  • 992 ; le 27 Juin, Foulque remporte la bataille de Conquereuil, son beau-frère, Conan de Bretagne, est tué. Foulque contrôle Nantes, ses alliés remportent la bataille d’Orsay. Foulque entreprend la construction de la forteresse de Langeais.

  • 992-994 : Foulque entreprend la construction de Montbazon.

  • 994 : Il résiste au siège de Langeais par Eudes de Blois.

  • 995 : Il fait face à un deuxième siège de Langeais.

  • 996 Eudes de Blois décède à Marmoutier. Foulque s’empare de Tours et de Châteauneuf avec Aldebert de la Marche. Il saccage le cloître de Saint-Martin.

  • 997 : Foulque s’empare de la forteresse de Montsoreau puis il évacue Tours et Châteauneuf le 25 Juillet.

  • 999 : le traité avec Guillaume d’Aquitaine lui offre le Loudunais et la Saintonge.

  • 999 : Sa femme, Élisabeth de Vendôme, qui ne lui a donné aucun enfant mâle, s’étant faite adultère, meurt brûlée, soit dans l’incendie du château d’Angers, soit sur un bûcher, à la suite d’une chute du haut des murailles du château, en tous cas en présence de Foulque, tandis que sa famille, son père en particulier, n’émettent aucune protestation. Toute la ville d’Angers a souffert de cet incendie provoqué par Foulque lui-même, assiégeant la citadelle dont Élisabeth, avec quelques complices, avaient pris le contrôle. Cette même année Foulque construit la forteresse de Montevrault.

  • 1003 : Foulque fait campagne dans le Berry. A l’automne, Maurice, son demi-frère devient comte associé tandis que Foulque part en pèlerinage à Jérusalem.

Henri, roi de France, épouse Constance, cousine de Foulque.

  • 1005 : A son retour en Anjou, Foulque épouse Hildegarde de Sundgau, lotharingienne. Renaud d’Angers, évêque d’Angers, au retour de Jérusalem, meurt à Embruns.

  • 1005-1007 : Foulque construit les forteresses de Montrichard, de Mirebeau, et l’ l’abbaye de Beaulieu.

  • 1006 : Foulque récupère des alleux dans le Mauges puis nomme Hubert de Vendôme évêque d’Angers.

Son fils Geoffroy (Martel) naît le 14 octobre.

  • 1007 : Foulque est reconnu comme patron du monastère de Saint Florent. Fait construire le château de Château-Gontier puis se rend à Rome et signe la paix des Coudres.

  • 1008 : Le roi Robert II répudie Constance d’Arles. Durant l’Été, Foulque fait assassiner Hugues de Beauvais conseiller du roi Robert II. Geoffroy Béranger, comte de Rennes, meurt.

  • 1009 : Durant l’Été, Foulque part pour son deuxième pèlerinage à Jérusalem. Jusqu’à son retour en 2011, Maurice est en charge du comté d’Anjou.

  • 1011 : Au cours de l’hiver, Foulque revient de Jérusalem en passant par Rome. Au Printemps, il récupère les pertes territoriales subies par Maurice.

  • 1012 : Il fonde la cathédrale d’Angers.

  • 1013 : Naissance de la deuxième fille de Foulque, Hermangarde-Blanche.

  • 1014 : Il prend le contrôle de la Mayenne.

  • 1015 : Il reprend le contrôle de Montbazon.

  • 1016 : Le 6 Juillet, il est vainqueur à la Bataille de Pontlevoy où périssent plus de 6000 hommes. Foulque qui n’avait pas cherché cet affrontement contre Eudes II, faillit périr au cours de la bataille.

  • 1017 : Il s’impose en Vendômois et construit la forteresse de Montboyau.

  • 1018 : Il guerroie en Touraine et entreprend la construction du monastère de Saint-Nicolas d’Angers.

  • 1018-1021 : Il assure le contrôle du Nord du Poitou.

  • 1020 : Il construit la tour de Trêves.

  • 1025 : Il capture Herbert comte du Maine, et le retient prisonnier deux ans.

  • 1026 : Il s’empare du Château de Saumur tandis que son seigneur Gelduin s’en fut éloigné. Se confrontant à la résistance obstinée des assiégés et des moines voulant l’influencer avec une châsse précieuse, Foulque laisse sa terrifiante hire s’exprimer et en vient jusqu’à crever les yeux d’un moine avant d’incendier leur monastère de Saint-Florent.

  • 1027 : Il s’oppose au siège d’Amboise par les Blésois. Eudes II de Blois cède officiellement Saumur à Foulque qui construit alors la forteresse de Montfaucon.

  • 1028 : De concert avec sa femme, il construit le monastère de Ronceray à Angers qui deviendra un foyer culturel au rayonnement influent.

  • 1030 : Guillaume d’Aquitaine le Grand meurt. Foulque donne le château de Saumur à son fils Geoffroy.

  • 1031 : Le roi Robert II meurt, son fils Henri 1er lui succède.

  • 1032 : Geoffroy Martel épouse Agnès, veuve de Guillaume d’Aquitaine.

  • 1032-1033 : Durant la guerre pour la succession royale, Foulque mène les armées du roi à la victoire.

  • 1033 : Geoffroy Martel remporte la bataille du Mont-Couer. La reine Constance meurt.

  • 1034 : Foulque et son fils construisent des fortins autour de Florent-le-Vieil.

  • 1035-1037: Foulque effectue son troisième pèlerinage à Jérusalem en compagnie du duc de Normandie qui meurt empoisonné. Geoffroy Martel assume l’intérim.

  • 1036-1037 : Guerre de Geoffroy avec Gervais, l’évêque du Mans.

  • 1037 : Eudes II de Blois meurt au combat.

  • 1038 : Foulque reprend Langeais et s’empare de la forteresse de Chinon.

  • 1039 : Foulque effectue seul son dernier pèlerinage.

  • 1040 : Le 21 Juin, il meurt au retour à Metz puis est enterré à l’abbaye de Beaulieu.

  • 1044 : Geoffroy Martel s’empare de Tours et emprisonne Thibaud de Blois.

Loches.

Loches.

Voilà donc, résumé, le parcours existentiel tumultueux et passionné de ce singulier personnage.

Effectivement il ressort de tous les écrits fait à son sujet une grande ambiguïté quant à ses comportements provenant d’une nature excessive et emportée.

Comme on peut en juger à partir de la chronologie ci-dessus, ce fut aussi un grand bâtisseur, non qu’il ait construit toutes ces forteresses lui-même mais en a commandé l’exécution et a sans doute dirigé certains chantiers. Le fait est qu’il a implanté sur ses terres angevines et même voisines des forteresses, bastions et fortins qui se tiennent à pas plus de 7 lieues l’un de l’autre correspondant à une distance d’environ 30 km qu’une armée peut parcourir en une journée et qu’on peut couvrir à cheval en quelques heures ; c’était absolument bien pensé.

Il fit aussi construire nombre d’abbayes, reconstruisant même à ses frais, celles qu’il saccagea lors de ses conquêtes…

A l’actif de ce bouillonnant comte on a aussi sa politique d’affranchissement des serfs en sa comté ; il les rendit libres à condition qu’ils lui soient fidèles et ne les a pas trop écrasé de charges et redevances. Un côté humain, peut-être pas si désintéressé, mais efficace car beaucoup de ses sujets se ralliaient à sa cause sans jamais le trahir.

Dans les dernières années de sa vie, il s’était brouillé avec son fils Geoffroy Martel auquel il reprochait ses luttes avec Gervais, l’évêque du Mans, ce qui faillit mettre en péril les bonnes relations avec le Maine. Dans un premier temps Geoffroy, aussi fier et impétueux que son père, n’accepta pas ses reproches et se tint à distance. Toutefois, sous l’insistance paternelle, il céda et se réconcilièrent à l’occasion d’un cérémonie publique plutôt humiliante pour ce fils successeur direct du Comte d’Anjou.

Reste à se replonger dans le contexte au cœur de ce Moyen Âge aux mœurs et habitudes de vie toujours mystérieux pour nos consciences de ce début du Troisième Millénaire.

Regardant la suite des événements, on ne peut que constater combien Foulque Nerra occupe une place prépondérante dans les destins mêlés de notre région et de notre nation.

Merci à Christian Thevenot dont la lecture passionnante de son ouvrage très documenté : « Foulque Nerra » – Editions Alan Sutton – a inspiré cet article.

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Profil


FARFADET 86
Sexe : Homme
À propos : Retraités depuis janvier 2005, avec mon épouse, nous étions accompagnateurs de personnes handicapées mentales, ceci pendant 40 ans, dans un Foyer de Vie, en Haute Normandie.

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