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Le Mirebalais Indépendant

Bienvenue à Mirebeau en Poitou.

"Le Passé m’est tellement Présent à l’esprit, qu’ici, il s’offre un Avenir… "
Parole de Farfadet.


Publié le par FARFADET 86
Publié dans : #Portraits

Réédition d'un article initialement publié le 18/09/2014.

Autre Grande Figure du XIXe siècle...

Si de nos jours, on peut considérer que la création artistique sous toutes ses formes n’est nullement en faillite, la Poésie qui en fait partie, elle, fait  cruellement défaut dans nos vies malmenées par le fatras de toutes ces pollutions de l’âme propres à notre temps…

A cette occasion, je profite de remercier vivement ma chère mère pour, au cœur de sa trop courte existence, s’être nanti de l’œuvre complète de ce génial poète dont je lis maintenant avec délectation les ravissantes compositions.     

 

« La coupe et les lèvres » poème dramatique d’Alfred de Musset …

Cliquer sur chacune de ces images pour les voir en intégralité ...Cliquer sur chacune de ces images pour les voir en intégralité ...

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Insatiable producteur de vers, le poète d'une rare sensibilité d'âme, authentique esthète à la fibre artistique empreinte de tendre mélancolie, se livre ici, à l'exercice de la tragédie tenant à la fois aux destins et aux desseins des personnages en présence. Cette pièce en 5 actes, écrite en Juillet/Août 1832 est tout à fait représentative du talent d'écriture et de la sensibilité de son auteur.

Dégageons quelques vers ça et là, et voyons ce dont ils sont porteurs, nous renseignant sur la nature profonde de son compositeur autant que sur les mœurs et les états d'âmes des hommes et femmes de son temps.

D'abord ce passage  de la dédicace à  M. Alfred Tattet :

 

« … Lorsque la jeune fille, à la source voisine,, l

A sous les nénuphars lavé ses bras poudreux,

Elle reste au soleil, les mains sur sa poitrine,

A regarder longtemps pleurer ses beaux cheveux.

Elle sort, mais pareille aux rochers de Berghèse,

Couverte de rubis comme un poignard persan. -

Et sur son front luisant sa mère qui la baise,

Sent au fond de son cœur la fraîcheur de son sang.

Mais le poète, hélas ! S'il puise à la fontaine,

C'est comme un braconnier poursuivi dans la plaine,

Pour boire dans sa main, et courir se cacher. -

Et cette main brûlante est prompte à se sécher...

 

… Vous me demandez si j'aime la sagesse,

Oui ; - J'aime fort aussi le tabac à fumer.

J'estime le bordeaux, surtout dans sa vieillesse ;

J'aime tous les vins francs, parce qu'ils font aimer.

Mais je hais les cafards et la race  hypocrite

Des tartufes de mœurs, comédiens insolents,

Qui mettent leurs vertus en mettant leurs gants blancs.

Le diable était bien vieux lorsqu'il se fit ermite.

Je le serai si bien, quand le jour viendra,

Que ce sera le jour où l'on m'enterrera. »

 

Dans la première partie l'habileté narratrice de M. Alfred de Musset tient en la présentation du sort du poète qui puise à la source inspiratrice "comme braconnier", ô combien distante de celui de la naïade qui ruisselle de candeur et beauté !... Une description où perle toute la grandeur d'âme de l'auteur...

Lequel, dans la deuxième partie, ayant avoué combien il aime les bonnes choses, tel ce divin breuvage que l'on verse en coupe où il est si agréable de tremper ses lèvres, se rebiffe contre ceux qui l'accusent de plagia et mettent en cause sa probité... il ne craint pas alors d'égratigner les bien-pensants à l'apparence honnête et  flamboyante, ceux, celles qui sont à l’affût du désordre des autres lequel les met si bien en valeur. Et d'ajouter que ce n'est pas au bout de l'âge que l'on sera plus sage, tel diable se faisant ermite, lui, le poète, véritable épicurien, plutôt que de se livrer à toutes ces fausses repentances, préférerait mourir...

 

Maintenant, cet extrait tiré de la scène première du deuxième acte, met en scène le personnage principal de cette pièce, Frank, faisant face à une table chargé d'or :

 

« De tous les fils secrets qui font mouvoir la vie,

O toi, le plus subtil et le plus merveilleux !

Or ! Principe de tout, larme au soleil ravie !

Seul dieu toujours vivant, parmi de faux dieux !

Méduse dont l'aspect change le cœur en pierre,

Et fait tomber en poudre aux pieds de la rosière

La robe d'innocence et de virginité ! -

Sublime corrupteur ! - Clé de la volonté ! -

Laisse-moi t’admirer ! - parle-moi, - viens me dire

Que l'honneur n'est qu'un mot, que la vertu n'est rien ;

Que dès qu'on te possède, on est homme de bien ;

Que rien n'est vrai que toi ! - Qu'un esprit en délire

Ne saurait inventer de rêves si hardis,

Si monstrueusement, en dehors du possible,

Que tu ne puisses encor,  sur ton levier terrible,

Soulever l'univers, pour qu'ils soient accomplis !

- Que de gens cependant n'ont jamais vu qu'en songe

Ce que j'ai devant moi ! - Comme le cœur se plonge

Avec ravissement dans un monceau pareil ! -

Tout cela, c'est à moi ; - les sphères et les mondes

Danseront un millier de valses et de rondes,

Avant qu'un coup semblable ait lieu sous le soleil.

Ah ! Mon cœur est noyé ! - Je commence à comprendre

Ce qui fait qu'un mourant que le frisson va prendre

A regarder son or, trouve encor des douceurs,

Et pourquoi les vieillards se font enfouisseurs. »

 

L'apologie de l'aisance, du confort et de la richesse qui rendent si brillant leurs possesseurs, à l'encontre de ce qui brille naturellement, vient  ternir toutes autres valeurs dont celle de l'honorabilité... l'homme de biens prévaut sur l'Homme d'honneur … L'or attire et attise, l'or n'est que possession : on l'a ou on ne l'a pas mais on le convoite sans cesse... il est le grand levier de nos motivations jusqu'à la fin de chacune de nos existences où il convient alors, l'enfouir pour les générations à venir...

 « Larme au soleil ravie » quelle belle image ! Combien de flots de larmes engendrera jusqu'à la fin des temps, cette goutte perlée ?... La coupe en sera-t-elle pleine ?...

 

La pièce nous présente le parcours aventureux d'un pauvre hère méprisé et raillé par les siens devenant riche seigneur par la « bonne fortune » et ce, à la croisé de chemins...  Le manant devenu "héros" a pleine jouissance des biens matériels et de tous les plaisirs pos!sibles de ce monde... un seul lui manquera, vous devinez lequel… la coupe peut s'emplir de tous les joyaux du monde, les lèvres s'y tremper, le corps s'y rassasier mais l'âme s'y dessécha inéluctablement si l'Amour, jamais ne l'assoiffe !...

 

M. Alfred de Musset, votre adorable romantisme sied non seulement à votre époque mais aussi à notre temps, lorsque nos lèvres avides s'animent avec entrain à ces instants de paix où nous buvons vos vers !...  Alors la coupe devient délices...

Alfred de Musset ...  * 11.12.1810 à Paris -  † 2.5.1857 à Paris.

Alfred de Musset ... * 11.12.1810 à Paris - † 2.5.1857 à Paris.

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Marie-Rose 11/03/2019 08:28

Je ne me souvenais plus de tes articles sur Alfred de Musset et de Georges Sand que tu avais écrits en 2014. Est-ce un hasard, je recherchais quelque chose, pour la journée de la femme, qui la mette vraiment à l'honneur, je vais dire une chose horrible, et ne rejette pas l'homme comme une vieille éponge. Je sais bien qu'aujourd'hui, au point de vue matérialiste, beaucoup de femmes sont inégales devant les salaires, que beaucoup sont battues par des brutes bestiales et que nous devons y mettre fin. Je suis tombée sur ce site de poésies et lu la poésie d'A. de M. à G. S. , voilà ce que je cherchais ….


A George Sand (I)
Alfred de Musset

Te voilà revenu, dans mes nuits étoilées, Bel ange aux yeux d’azur, aux paupières voilées, Amour, mon bien suprême, et que j’avais perdu ! J’ai cru, pendant trois ans, te vaincre et te maudire, Et toi, les yeux en pleurs, avec ton doux sourire, Au chevet de mon lit, te voilà revenu. Eh bien, deux mots de toi m’ont fait le roi du monde, Mets la main sur mon coeur, sa blessure est profonde ; Élargis-la, bel ange, et qu’il en soit brisé ! Jamais amant aimé, mourant sur sa maîtresse, N’a sur des yeux plus noirs bu la céleste ivresse, Nul sur un plus beau front ne t’a jamais baisé ! Alfred de Musset

claudeleloire 18/01/2019 07:53

tu comprends aisément pourquoi j'aime tous "les classiques" qui en dehors des temps ont su regarder de face l'âme des humains et nous transcrire en mots la seule musique des vivants !
je vais inscrire Alfred de Musset dans mes auteurs à lire !
amitié .

domi 17/01/2019 13:46

bel hommage, je te lève mon vers

Alpero 07/10/2017 10:27

Alfred de Musset, avec François Villon, celui qui m'a conduit sur le chemin que je tente de suivre. Celui qui partage avec le coquillard mes préférences poétiques...
Pour revenir à la remarque sur le déséquilibre apparent qui semble te chiffonner un peu dans ton post, je ne le vois pas, moi, ce déséquilibre.
Oui, il y a plein de "poésie" visible et environnementale à notre époque, mais la poésie que j'aime et que tu aimes aussi, celle qui s'écrit, celle qui se crée volontairement, celle qui se maîtrise (et non celle qui s'intellectualise), celle là manque un peu... beaucoup même car elle n'est absolument plus à la mode.
Tous mes enfants et petits enfants (ça va de 14 à plus de 50 ans) m'ont dit un jour ou l'autre, poliment ou abruptement, que dès qu'ils voient un texte en vers, ils l'évitent, comme d'ailleurs tous leurs amis.
En bref, c'est le mot de mon fils, la poésie les emmerde !
Heureusement, les modes vont et viennent et je suis persuadé qu'un jour (nous ne le verrons sans doute pas), le vent va tourner...
En attendant ce jour, recevez tous les deux mes amitiés poétiques, malgré la mode et dans le sens littéraire de ce mot que nous aimons.

Profil


FARFADET 86
Sexe : Homme
À propos : Retraités depuis janvier 2005, avec mon épouse, nous étions accompagnateurs de personnes handicapées mentales, ceci pendant 40 ans, dans un Foyer de Vie, en Haute Normandie.

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